Réserves du Louvre à Liévin, intervention des conservateurs au CA du 28 novembre 2014

(actualisé le )

Monsieur le Président-directeur,

Mesdames et Messieurs les membres du Conseil d’administration

Les conservateurs, réunis préalablement à ce Conseil, souhaiteraient, avant le début de la séance, attirer l’attention des membres du Conseil d’administration sur un événement récent qui a fini par apparaître dans la presse.

42, parmi les 45 conservateurs exerçant dans les départements, se sont exprimé contre le déménagement des réserves du Louvre à Lens-Liévin dans une lettre adressée à Madame la Ministre de la Culture et de la Communication le 17 octobre 2014. Il ne s’agit en aucun cas d’une fronde de quelques individus, le nombre de signataires est suffisamment éloquent.

L’inquiétude est majeure et elle a été relayée par les représentants des conservateurs au Conseil d’administration à deux reprises, le 29 novembre 2013 et le 27 juin 2014. C’est cette même inquiétude qui nous avait fait nous prononcer également au Conseil d’administration il
y a dix ans contre l’évacuation en urgence des réserves exigée par le Ministère de la Culture et de la Communication. En tant que conservateurs du Patrimoine, à qui l’Etat confie la responsabilité des collections, nous avions demandé et obtenu un transfert des collections,
contrôlé et orchestré par les conservations, dans les étages du Palais et étalé sur plusieurs mois.

C’est cette même motivation, commandée par notre mission première de conservation et de sauvegarde des collections, qui nous pousse à nous exprimer encore une fois aujourd’hui.

Nous sommes tous conscients de la nécessité de trouver une alternative aux réserves inondables du musée et les groupes nommés par le Président- directeur ont travaillé dans ce sens dès le mois de février 2014. Il nous faut en effet un bâtiment de repli pour certaines
séries d’œuvres et pour les grands formats qui ne peuvent être évacués dans les temps qui nous seront impartis en cas de crue.

Nous nous inquiétons en revanche d’une dérive du projet initial qui nous a été imposée : il s’agit désormais d’abandonner non plus les seules réserves inondables mais la totalité des réserves du musée, même celles qui se trouvent dans les étages du palais, pour ne conserver que quelques espaces dits tampons qui ne pourront accueillir des œuvres de
manière pérenne.

Comment peut-on réfléchir aujourd’hui à la création d’un centre de recherche au sein du musée si les livres, les archives puis maintenant les œuvres, qui fondent la recherche, sont répartis en quatre lieux différents, distants de plusieurs centaines de kilomètres ?

Ce sont les raisons pour lesquelles nous souhaitons très vivement, dans un climat de confiance réciproque, réfléchir avec la Direction et les directeurs de départements, à des solutions pour garder au maximum les œuvres quotidiennement étudiées dans des réserves hors d’eau au sein du Palais.

Nous vous prions, Monsieur le Président-directeur, de bien vouloir annexer cette déclaration au procès-verbal du Conseil d’administration.

Les représentants des conservateurs au Conseil d’administration du musée du Louvre.

Texte lu lors de la séance du 28 novembre 2014.