court rappel sur la RGPP

Le ministère de la Culture regroupe de très nombreux métiers, mais nous avions jusqu’ici un sens assez homogène de nos missions. Depuis la « génération Malraux » qui, il y a cinquante ans, avait vécu la création du ministère comme une aventure collective, il restait le sentiment d’appartenir à une communauté qui portait trois missions fondamentales : démocratiser la culture, protéger le patrimoine, aider à la création. Or, notre ministère, qui a servi durant plusieurs années de cobaye pour des réformes régressives, est-il encore en mesure de remplir ses missions ? Avons-nous encore le sentiment d’appartenir à une institution qui a du sens ?

Un des principaux dégâts de la RGPP a été de rompre la confiance avec les directions. Habitués à travailler avec des scientifiques dont nous reconnaissions la valeur, nous avons maintenant trop souvent affaire à des administrateurs mercenaires qui détruisent nos métiers de façon délibérée et calculée. Ils sont d’ailleurs les principaux bénéficiaires de la RGPP à travers le système des primes : des emplois de catégorie C ont été supprimés pour fabriquer de l’indemnitaire en catégorie A et du contractuel en A+.

Rappelons les deux phases de la RGPP :

En 2008-2010 : réduction du nombre de directions centrales (de dix à quatre), transformation des directions régionales, placées dorénavant sous l’autorité des préfets, fusions de corps, transfert de sites patrimoniaux aux collectivités locales.

En 2011-2012 : à côté des réformes déjà lancées, nouvelles réformes concentrées sur les « opérateurs », les établissements publics rendus de plus en plus autonomes y compris pour les budgets de rémunération des personnels, ce qui induit des différences de traitement entre les agents et constitue une entrave à la mobilité choisie, en particulier pour les catégories C pour lesquels il y a très peu de postes ouverts.

Sur fond de destructions d’emplois, on assiste à une casse des structures et des métiers. Dans le cadre de déménagements de services, une pression incessante s’exerce sur les espaces de travail. Les services sont désorganisés pour procéder à des « mutualisations » et des externalisations. Des filières entières sont, plus ou moins ouvertement, mises en extinction ; c’est le cas de la filière « accueil, surveillance et magasinage ». Dans tous les nouveaux musées (Quai Branly), et dans ceux qui ré-ouvrent après travaux, il n’y a plus d’agents de surveillance et d’accueil, il y a des boîtes de sécurité et des hôtesses. Les métiers d’arts et les métiers techniques ne sont pas mieux traités.

Les musées ne sont plus évalués par rapport à la qualité de l’accès aux œuvres qu’ils permettent mais en fonction de leur chiffre d’affaires. Le flux de visiteurs est d’ailleurs orienté vers la consommation culturelle (les « boutiques » des musées) ou vers la consommation tout court : à Orsay, le couloir des Impressionnistes débouche sur la nouvelle cafétéria.

Tout cela constitue un glissement vers une autre conception de la culture. Les directions sont dans le déni de ces mutations, mais en réalité elles suivent une feuille de route très stricte.
Les établissements du MCC sont très largement dirigés par des technocrates, les conservateurs devenant des « gestionnaires de collections ». Une petite caste autoproclamée qui y trouve son compte transforme nos institutions en industries culturelles, et l’éducation culturelle en consommation.

Cette politique ne vient pas du Medef ou du gouvernement, elle est menée de l’intérieur-même du ministère de la Culture par des directions perverses qui s’abritent derrière la RGPP pour ressortir d’anciens projets qui trainaient sur les étagères. Or, tout cela produit du désarroi, de la lassitude, du chacun pour soi. Notre travail, au SNAC-FSU, est de relier ces évolutions sur le terrain à une stratégie globale. Nous nous préoccupons du sens des métiers, des valeurs, de la critique du néo-libéralisme. Il est urgent de réinvestir le langage, de combattre les falsifications et les maquillages du sens. Il faut remettre la gestion à sa place : celle d’un outil et non d’un but.
Le défi, c’est de prendre à notre compte la politique culturelle, défendre l’égalité d’accès à une culture de qualité... et pas forcément rentable sur le plan économique.