Violence managériale sexiste au CNC, aucune évolution

Lettre ouverte à Madame la Ministre de la Culture

Madame la Ministre

Le 3 octobre 2017, le SNAC-FSU vous a interpellée pendant le comité technique ministériel sur l’utilisation sexiste d’une affiche de film dans le bureau d’un directeur du Centre National du Cinéma. A ce jour, cette image est toujours en place et la direction du CNC affirme qu’il n’y a eu aucune intervention de votre part et que la présidente du CNC n’a pas l’intention de faire retirer l’image du dit bureau.

« Dans la sphère culturelle, j’entends agir vigoureusement et sans relâche », affirmez-vous dans un communiqué.
Qu’attendez-vous donc pour faire cesser ces agissements ? 

Nous tenons, Madame la Ministre, à rappeler que l’article 20 de la loi n°2015-994 relative au dialogue social et à l’emploi a inséré un nouvel article L. 1142-2-1 dans le code du travail, article relatif à l’interdiction de tout « agissement sexiste ». Cette disposition, issue de la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 portant diverses dispositions d’adaptation au droit communautaire dans le domaine de la lutte contre les discriminations, interdit « tout agissement lié à un motif de discrimination ». Cet article est ainsi rédigé : « Nul ne doit subir d’agissement sexiste, défini comme tout agissement lié au sexe d’une personne, ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant ».

Cette définition nous semble particulièrement s’appliquer à l’affichage que nous dénonçons depuis le 30 juin 2017, sans aucun effet. Il rend compte de la gravité reconnue à ce type d’agissements et de leurs possibles conséquences pour les salariées qui en sont victimes dans la durée.

Dans la conjoncture actuelle, notamment celle de la course à l’obtention des deux labels « Diversité » et « Egalité » dans laquelle est lancé cette semaine le Ministère de la Culture, nous nous interrogeons sur votre capacité, et la volonté de votre cabinet, à faire respecter les lois relatives aux discriminations et à l’égalité femmes/hommes dans VOS propres services et établissements. La "prise de conscience des pratiques condamnables " à laquelle vous appelez ce 23 octobre, Madame la Ministre, est exactement ce qui manque aux encadrants qui pratiquent, tolèrent ou couvrent ce type d’agissements, au CNC ou ailleurs.

« Je vais demander, dites-vous, à l’ensemble des directrices et directeurs des 99 établissements d’enseignement supérieur Culture (écoles d’art, écoles d’architecture...), qui forment à la diversité des métiers de la culture, de diffuser, auprès de leurs étudiantes et étudiants, un message de sensibilisation sur l’éducation à la non-discrimination, et le rejet de toute forme de harcèlement sexuel ». Cette position est très louable, mais pourquoi se cantonner aux écoles ? Le CNC, qui est le navire amiral du cinéma français, ne devrait-il pas être, lui aussi, exemplaire en la matière ? Pour nous, cette doctrine devrait s’appliquer à l’ensemble des établissements du ministère.

Nous joignons en rappel notre communiqué initial du 5 octobre diffusé à l’ensemble des agents du ministère de la Culture.

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