Un ministère qui part en morceaux

(actualisé le )

Comment travailler correctement en CAP dans un ministère qui part en morceaux ?
texte diffusé à l’occasion des élections pour le renouvellement des CAP du ministère de la culture

Comment les représentants du personnel, élus au titre des différentes organisations syndicales, vont–ils devoir s’y prendre pour continuer à nous défendre alors que les Directions et le ministre lui-même ont de moins en moins la main sur ce qui fait le quotidien des CAP : les mutations, les affectations, mais aussi les promotions passées au filtre des évaluations locales ?

Explication : naguère, avant que l’Etat ne se mette à se « moderniser » sur le modèle de l’entreprise privée, et ne se mette du même coup à se délester d’une très grande partie de ses missions, nous avions tous le même employeur. La situation était alors assez simple : quand on voulait changer d’affectation et qu’un poste adéquat se trouvait vacant, la demande était examinée en CAP, un avis était rendu, puis le ministre décidait de donner suite ou non, puisque c’était lui le patron dans 95% des cas. Les 5% restant concernaient les détachements et les mises à disposition et ça se passait plutôt bien, en tout cas ça demeurait compré-hensible.

Aujourd’hui, c’est fini, le ministre ne maîtrise plus rien. Il peut encore à peu près décider pour les mutations internes à l’administration centrale et aux services à compétence nationale, là où il reste le patron, mais partout ailleurs (dans les établissements publics, pour les agents mis à disposition ou en détachement dans les collectivités territoriales, et de plus en plus pour ceux qui travaillent dans les services déconcentrés), il signe, mais ce n’est plus lui qui décide. Et ça ne va pas s’arranger, parce que la mauvaise logique comptable de technocrates aussi incultes que dociles croise la lâcheté politique de décideurs irresponsables. L’Etat se réorganise dans un cadre néo-libéral, avec moins de service public et plus d’entreprise, et nous en faisons les frais.

Le ministère se désintègre parce que des lobbies ont réussi à imposer l’idée que la démocratisation de la culture doit passer par une décentralisation radicale et par la création de structures plus ou moins publiques, dotées de la plus grande autonomie possible. Le résultat de cette politique s’étale au grand jour : moins d’Etat, des transferts massifs de compétences aux collectivités territoriales (qui ne sont d’ailleurs pas toujours forcément demandeuses) et aux établissements publics. Ces derniers sont alors poussés dans la voie de l’auto-financement, ce qui selon les cas leur impose le recours au mécénat, au commerce et à la prestation de services, au partenariat avec des structures privées et à l’externalisation de leurs missions.
Dès lors, les établissements culturels, déjà clairement en concurrence entre eux, affrontent la perspective d’une privatisation à moyen terme et d’une généralisation de la mise en concurrence commerciale de leur activité.

Tout cela n’est bon ni pour les agents ni pour les usagers, et tout cela fragilise le rôle des CAP. Siéger en CAP, pour le SNAC-FSU, ce n’est plus seulement donner un avis sur les mutations, les promotions, les affectations, les sanctions, etc. Siéger en CAP, c’est aussi, et peut-être avant tout, défendre le principe-même sur lequel sont fondées les CAP : l’égalité de tous les agents publics en ce qui concerne la gestion de leur carrière au sein de corps statutaires, c’est cela qui est en danger.

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