Un baromètre social mais toujours pas de boussole

Du 30 novembre au 22 décembre 2017, les agents du ministère (administration centrale, services déconcentrés et à compétence nationale) ont répondu à un questionnaire sur la satisfaction au travail et la compréhension ainsi que l’adhésion des agents aux missions et orientations du ministère, dont l’élaboration et le traitement ont été confiés à l’institut Kantar TNS.

2 143 agents, soit 33 % de participation, ont répondu au questionnaire. Les résultats ont été présentés le 14 mars 2018. Ils ne l’ont été que partiellement, car pour la plupart des questions, seules les opinions plutôt ou très positives sont comptabilisées, sans que l’on puisse connaître clairement le détail des opinions neutres, négatives ou très négatives.

Le tableau dressé est positif sur la richesse des ressources humaines et l’engagement des agents du ministère, qui résistent face à des conditions très dégradées et une reconnaissance très faible par rapport aux autres organisations

Ca fait du bien de le (re)dire : l’engagement et l’éthique des agents de la Culture sont exceptionnels !

Par rapport aux autres salariés des secteurs public et privé, les agents du ministère de la Culture témoignent d’un attachement massif aux missions du ministère : 84 % contre 47 %, ainsi qu’une grande fierté d’appartenance au ministère :71 % contre 56 %.
82 % des répondants soulignent l’intérêt de leur travail, 86 % ont à coeur d’améliorer la qualité de service pour tous les usagers du ministère et 83 % déclarent que ces usagers sont satisfaits de la qualité du service rendu.

Une chance au grattage sur les acquis sociaux, une chance au tirage sur la corde : au grand Loto du patrimoine professionnel, le ticket d’un agent de la Culture est souvent perdant

Malgré cette fierté et cet attachement, seuls 66 % ne recommandent peu ou pas le ministère en tant qu’employeur, contre une jauge moyenne à 48% !
Le contrat entre employeur et agent est jugé inéquitable : 67 % s’estiment perdants alors que la jauge moyenne est de 45 %, 5 % se pensent gagnants contre une jauge à 19 % ! Les raisons sont égrenées au fil des réponses : 72% des agents du ministère de la Culture estiment que leurs efforts et performance ne sont pas ou peu récompensés, 72 % estiment qu’ils n’ont peu ou pas de possibilités d’évolution et de promotion contre respectivement 54 et 56% dans les autres secteurs.

Un pessimisme ambiant qui pèse lourd

67% des agents sont neutres ou pessimistes sur l’avenir du ministère de la Culture et 65% sur leur avenir personnel dans ce ministère, contre une moyenne respective de 34% et 38% dans les autres secteurs, soit deux fois moins que dans les autres organisations !

Une mauvaise gestion du changement et une orientation stratégique opaque

Les agents pensent que les changements sont peu ou mal gérés à 77 % (avec un pic à 83 % dans les DRAC) contre 50 % dans les autres secteurs. 67 % des agents s’estiment moyennement ou mal informés et 61 % mal soutenus par leur hiérarchie lors des changements (contre 50 % et 46 % ailleurs).
Seuls 12 % des agents pensent que les orientations stratégiques du ministère sont bonnes (contre 35 % dans les autres secteurs), et 64 % estiment qu’il n’est peu ou pas possible pour eux de l’évaluer (contre 37 % dans d’autres organisations).
Logiquement, 61 % des agents ne voient pas vraiment, voire pas du tout, en quoi leur travail contribue à l’atteinte des objectifs du ministère contre 24 % dans le même cas dans les autres organisations.

Un travail mal organisé, des conditions de travail plus stressantes que dans les autres organisations

Les agents ont une opinion neutre ou négative à 47 % de la clarté des priorités (29 % ailleurs), à 50 % de l’efficacité de l’organisation du travail (contre 37 % dans les autres organisations) et 54 % (contre une jauge à 43%) du fait que sont mises en œuvre de nouvelles idées pour mieux travailler et 55 % ont une opinion neutre ou mauvaise des moyens mis à leur disposition.

L’ambiance de travail est jugée de manière neutre ou négative par 36 % des agents contre 21 % dans les autres organisations. Concernant le niveau de stress, il est jugé de manière neutre ou négative par 41 % des agents (contre 30 % ailleurs), la charge de travail est également évaluée de manière neutre ou négative par 44 % des agents (contre 29 % ailleurs) et l’équilibre entre travail et vie personnelle n’est pas bon pour 34 % des agents (21 % dans les autres organisations).

Sous la plage des labels, les pavés de la discrimination

59 % des agents estiment que les hommes et les femmes ont les mêmes chances de réussite contre 71 % dans les autres organisations, 52 % seulement jugent qu’il existe une volonté de diversification des profils (origine, âge, genre, formation). Au vu du battage communicationnel autour des labels anti-discrimination, ces chiffres posent question. Et la question du handicap n’est même pas traitée.

En résumé, un ministère qui vit sur la rente de situation que lui procure l’engagement de ses agents !

Outre ce panorama déjà bien sombre, on peut rappeler les concours qui ne sont plus ouverts depuis des années ou avec un nombre de places infime, le repyramidage inexistant, les filières asphyxiées ou en voie d’extinction programmée sous l’omerta administrative.
Cerise amère sur le gâteau, les grilles indiciaires et les primes parmi les plus basses de tous les ministères font qu’un certain nombre d’agents chargés de famille, et pas seulement de catégorie C, vivent sous le seuil de pauvreté de l’INSEE.

Une mauvaise qualité de vie au travail a un coût humain, mais aussi économique

L’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (ANACT), sous l’égide tripartite des pouvoirs publics, des syndicats et organisations d’employeurs étudie le domaine depuis 1973. Ces études confirment que les situations de mal-être au travail entraînent des pathologies physiques (troubles musculo-squelettiques notamment) et des troubles psycho-sociaux (souffrance au travail). Face à des situations de crise, des risques psycho-sociaux exacerbés allant jusqu’au suicide au travail pour un bilan humain très lourd, les études évaluent également les coûts cachés du mal-être et du stress professionnels à 60 milliards d’euros par an, soit 3 à 4 % du PIB.

Le travail, c’est la santé : remettre les agents en situation de pouvoir avec des moyens pour bien faire leur métier

Le vécu et le jugement des individus sur la qualité de vie au travail résulte de leur vision de l’équilibre ou déséquilibre ressenti au quotidien entre leurs exigences d’un travail de qualité et les ressources dont ils disposent ou non. Lorsque les salariés peuvent penser leur travail, en discuter et agir individuellement et collectivement pour le transformer, le développement de la santé est au rendez-vous. Sinon, la perte du pouvoir d’agir développe les pathologies. La réalité du travail est ainsi potentiellement double : pathogène et salutogène. Selon la condition et la situation faites aux travailleurs dans la réalisation du travail, c’est l’un ou l’autre versant qui l’emporte.

La fédération FSU au cœur du combat sur la qualité de vie au travail et le climat social dans la fonction publique

Un accord national interprofessionnel a été signé par une partie des partenaires sociaux le 19 juin 2013, sur la qualité de vie au travail. L’annexe, à l’article 13, définit les éléments concernant l’élaboration d’une démarche de QVT dans le cadre du dialogue social : l’engagement au travail, l’information partagée, les relations sociales, le contenu du travail, l’environnement du travail, la réalisation personnelle au travail et les liens entre vie personnelle et vie professionnelle.

Dans la fonction publique, la concertation sur la QVT a été lancée en novembre 2013 et aurait dû déboucher sur un accord en septembre 2014. Elle faisait suite à deux accords, signés par la FSU comme par la majorité des organisations syndicales (OS) : celui de 2009 sur « santé et sécurité au travail » et celui de 2013 sur la « prévention des risques psychosociaux ». Alors que les OS souhaitaient au départ un débouché rapide, les discussions ont pris du temps et ont permis de modifier le texte en profondeur, en particulier grâce aux contributions de la CGT et de la FSU.

Cependant, les propositions du ministère de la Fonction publique sur la base de ces discussions, furent très décevantes : des bonnes intentions, des outils de management, un recueil de « bonnes pratiques », etc. Mais aucun droit pour les agents, pas de reconnaissance des agents comme acteurs de leurs conditions de travail ! La quasi-totalité des OS (sauf l’UNSA) ont remis en septembre 2014 une déclaration commune arguant qu’on ne pouvait pas traiter de la QVT si les ministères continuaient de dégrader les conditions de travail.

Les revendications de la FSU

Nous demandons :
- la participation des organisations syndicales à l’élaboration d’un nouveau baromètre et la mise en relation du ressenti des agents avec des causes factuelles et des mesures d’améliorations tangibles des dysfonctionnements
- l’élaboration d’un plan d’action conjoint concernant la qualité de vie au travail en impliquant les organisations syndicales

DEMAIN EST LE DERNIER JOUR POUR VOTER
La FSU PORTERA VOTRE VOIX SUR LA QUALITE DE VIE AU TRAVAIL ET LE CLIMAT SOCIAL !