Nous ne sommes pas des « négociants en vain »

(actualisé le )

Quels syndicats pour quels combats ?

Élire vos représentants pour les instances de dialogue social, c’est voter pour des collègues qui acceptent de consacrer une partie de leur temps à défendre vos intérêts professionnels dans un contexte difficile de réformes à jet continu et d’étranglement progressif des services, de diminution de moyens et de dénigrement du service public de la part de ceux-là mêmes qui sont censés le piloter. Autant dire que la tâche est ingrate et que, pour tenir bon face à des directions pas toujours bienveillantes, ces collègues doivent être formés et soutenus par les organisations syndicales sous la bannière desquelles ils et elles se présentent.

Vous allez donc choisir une liste à la fois en fonction de la personnalité des collègues qui y figurent, si vous les connaissez, et en fonction des orientations du syndicat qui organise cette liste. Ces orientations, qui répondent à des philosophies différentes, à des histoires différentes, vont conditionner la manière dont vos intérêts vont être défendus. Très globalement, le paysage syndical français se répartit entre syndicats dits « réformistes » et syndicats dits « de transformation sociale ».

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Des syndicats réformistes qui limitent les dégâts

Les syndicats réformistes considèrent que les grands traits de l’évolution actuelle des sociétés (mondialisation, libéralisme économique, individualisation, etc.) constituent un donné intangible sur lequel la pratique syndicale n’a pas prise. Dans cette optique, le mieux que l’on puisse faire est d’accompagner ces changements en tâchant de protéger les droits des salariés. Les syndicats qui s’inscrivent dans ce courant placent
donc la négociation au cœur de leur action et se donnent pour but, dans le cadre de chaque nouvelle réforme, de signer avec le pouvoir politique un accord qui tente de limiter les dégâts en préservant certains droits, voire en ouvrant quelques droits nouveaux.

Des syndicats de lutte pour changer les choses

De leur côté, les syndicats de transformation sociale, dits parfois « syndicats de lutte », considèrent que les dérives néolibérales que connaissent nos sociétés ne sont pas une fatalité mais relèvent de choix politiques sur lesquels il est toujours possible de peser.
Il s’agit donc d’un tout autre type de syndicalisme, qui entend préserver, et même améliorer, un modèle social solidaire et redistributif.

Ce modèle social doit être constamment ajusté pour s’adapter aux évolutions technologiques et politiques contemporaines (pensons à la « révolution numérique » par exemple). Mais il y a une différence fondamentale entre l’ajuster et le détruire au profit d’un monde de grande richesse pour quelques-uns, de précarité et d’ubérisation généralisée pour tous les autres, ce qui est la situation à laquelle conduisent les programmes néolibéraux.

C’est cette conviction qui anime les tenants d’un syndicalisme de transformation sociale et que partagent la FSU, SUD, la CGT : il n’y a pas de fatalité au mouvement réactionnaire actuel et il est possible de le contrecarrer sans pour autant rester figés dans le passé.

Que choisir ? Quoi faire ?

Compte tenu de l’importance des forces politiques et économiques qui nous sont contraires, imaginer et promouvoir une société plus juste ne peut se faire que si un nombre suffisant de personnes se sentent concernées, partagent dans les grandes lignes une même vision de la situation et sont prêtes à s’investir pour faire bouger les choses.

Et c’est là que tout se complique : les réformes d’inspiration néolibérale qui poussent chacun et chacune à une individualisation radicale et à un esprit de compétition tous azimuts s’appuient sur une « société du spectacle », un grand cirque médiatique qui empêche les personnes de se sentir concernées. Il est plus doux de se laisser aller à une douce torpeur hypnotique, où au fond tout va bien, que de se mobiliser pour défendre ses droits, ceci d’autant que le concept même de mobilisation est tourné en ridicule par le grand cirque et réduit à quelques formes caricaturales.

Se sentir concernés, agir au quotidien

Pour le syndicalisme de transformation sociale, la mobilisation ne se résume pas à la grève et à la manifestation, même si ce sont des formes de lutte plus efficaces que ce que le ricanement médiatique nous suggère.
Mais la vraie mobilisation, celle qui agit en profondeur, s’opère au quotidien sur le lieu de travail, à travers toutes les actions, toutes les attitudes visant à résister aux pressions qui rendent le travail toxique, à se redonner un peu d’air, à contrer les effets du « Nouveau management public », cet instrument hideux inventé par le néolibéralisme pour pourrir le Service public de l’intérieur.

Par une mobilisation collective

Or, on ne résiste pas tout seul, on peut s’en donner l’illusion, mais cette illusion fait partie de la douce torpeur hypnotique où au fond tout va bien. La vraie résistance, la résistance à la violence managériale, aux conditions qui produisent le burn out, aux injonctions paradoxales stupides (« faire mieux avec moins »…) et à la dictature du
changement perpétuel, cette résistance-là se fait avec les collègues, en s’épaulant, en s’écoutant, en parlant ensemble du travail et en refusant les poisons organisationnels qui nous montent les uns contre les autres.

Et c’est là qu’intervient l’action syndicale. Encore faut-il admettre qu’un syndicat n’est pas un organisme auquel on délègue son indignation et à qui l’on demande de se battre en notre nom, à notre place, sans s’engager et en considérant que c’est le boulot des représentants syndicaux (et, au fond, à chacun son boulot...). Une négociation menée de cette manière aura toujours le même résultat : on récoltera des miettes et on perdra sur l’essentiel.
Pour sortir de l’ornière, il faut revenir à la source de l’idée syndicale : pour la FSU, un syndicat est une association de salariés (pour nous d’agents publics) qui s’unissent pour organiser une défense collective de leurs emplois, de leurs rémunérations, de leurs conditions de travail et, ce qui est fondamental, de leurs métiers.

Pour travailler ensemble

Un syndicat vaut donc par la qualité de ses adhérents, par la formation qu’il leur procure, par leur capacité à inventer ensemble, au jour le jour, des formes intelligentes de mobilisation et de résistance. Dans un tel cadre, la négociation n’a pas la même signification. Soutenue par la mobilisation, elle bénéficie d’un rapport de force. Pour la FSU, le but n’est pas de négocier à tout prix mais d’organiser une défense efficace des conditions de travail, des métiers et des missions, non pas à la place des collègues mais avec eux.

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