Musées SCN : « on va explorer le champ des possibles »

(actualisé le )

Hier matin se tenait un CT Musées entièrement consacré à l’Action publique 2022. On a bien en tête que la RGPP de Sarkozy, c’est fini, que la MAP de Hollande, c’est fini aussi et que nous avons désormais l’Action publique 2022 de Macron, c’est très différent…

Heureusement, cette fois-ci, on connaît leurs vraies intentions depuis qu’un document tombé du camion (toujours consultable en ligne, ne vous privez pas, cliquez ici) nous a renseignés sur les coups qu’ils étaient en train de préparer en douce.
Du côté des musées, il s’agit essentiellement de régler le sort des 17 musées SCN (services à compétence nationale) que la RGPP avait laissé traîner, à savoir : Cluny, Saint-Germain-en-Laye, Compiègne, Blérancourt, Pau, Magnin, Chagall, Léger, Picasso à Vallauris, Ecouen, Les Eyzies, Port Royal, Clémenceau de Lattre, Malmaison, Maison Bonaparte, Fondation Gourgaud, Plans et reliefs.

Le CT d’hier a commencé très fort puisque, suite à une déclaration liminaire de la CGT, la Directrice s’est inquiété que la partie syndicale campe sur une position de principe (contre leur projet, évidemment), car cela risquait de ne pas faciliter le dialogue. Elle (la Directrice) se dit au contraire sur une position pragmatique et est désireuse « d’explorer tout le champ des possibles ».
Bref, toutes les options, même les plus audacieuses, sont ouvertes, et face à l’attitude dogmatique des syndicats, l’administration a une position réaliste.

C’est drôle, à chaque fois qu’ils ont du mal à se montrer convaincus par leurs propres arguments, ils nous font le coup du réalisme.

En l’espèce, le débat peut porter sur tous les sujets (ce sont des gens très ouverts) sauf un : « pourquoi faut-il transformer les SCN en autre chose ? »

Ils ont bien quelques éléments de langage, mais ils ont tellement peu l’air d’y croire quand ils nous les servent que ça fait peine. « Il faut réformer pour une efficacité accrue au service de tous les publics » et bla bla bla et bla bla bla. En mode mineur, la Directrice reconnaît que ça marche plutôt pas mal dans les SCN : « On ne dit pas qu’ils ne le font pas, on dit que ça pourrait être mieux ». Mieux comment, mieux pourquoi ? Mystère.

Mais nous ne sommes pas là pour parler de « pourquoi », nous sommes là pour parler de « comment », et cela avec pas moins de six propositions, certaines carrément loufoques mais, comme le dit la Directrice : « il ne faut pas qu’ensuite on puisse nous reprocher de ne pas avoir tout explorer ». C’est qui, « on » ? Mystère aussi.

Donc : « rien-n’est-encore-décidé-et-il-y-aura-plusieurs-réunions-avant-de-prendre-une-décision » et il peut se passer plein de choses :

1 – Transformation de certains SCN en GIP (allez voir sur Google ce que c’est, c’est croquignolet)
2 – Transformation en EP par regroupement
3- Création d’un EP fédérateur (style Paris-Musées, quand on connaît l’ambiance qui y règne …)
4 – Renforcement de l’ancrage territorial adossé sur une collectivité ou un EP existant (en clair : un transfert de compétence)
5 – Rattachement à un EP muséal existant
6 – Rattachement à un EP fédérateur existant (lequel, le CMN, au hasard ?)

La seule chose qui ne peut pas se passer, c’est de continuer un fonctionnement où les personnels sont gérés directement par le ministère, où le directeur est nommé à l’ancienne, en CAP, un fonctionnement hyper économique qui permet à ce qui reste de feue la Direction de musées de France de continuer à avoir un regard un peu global sur ce qui se passe dans le domaine.

Non, il faut moderniser, avec une gestion du personnel en interne, des ressources propres, une « boutique » à la hauteur, etc.

Et surtout, surtout, il faut débarrasser l’administration centrale de tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à des professionnels de la culture puisque c’est le sens profond de l’Action publique 2022.

Et à les entendre, c’est nous qui sommes dogmatiques, avec nos positions de principe, eux, ils sont réalistes.

Nous sommes donc dans l’ère Macron, il faut s’y habituer, une période où le dialogue social semble devoir se résumer à : « tout est déjà bouclé mais, en même temps, il n’y a pas de schéma pré-établi » ou bien : « j’ai reçu une injonction politique précise et il faut que je m’y plie mais, en même temps, nous allons explorer ensemble le champ des possibles ».
On se demande où ils vont trouver tout ça, cela rappelle les meilleures heures de la RGPP, ou quand Mitterrand nous annonçait tranquillement que « les réformes se feront avec les agents et non pas contre les agents ». On savait déjà rigoler à l’époque.

En attendant, quand on voit le degré de putanisation de certains EP, le statut SCN est une ZAD qui va peut-être un peu faire parler d’elle.

Non à la marchandisation de la culture !