Macron : tout doit diverger !

« Nous devons avoir une gestion différenciée des fonctions publiques, parce que leur réalité est différente ». C’était, à la Conférence Nationale des Territoires du 17 juillet, la dernière blague du Président Macron. En une petite phrase, Jupiter a explosé toute la doctrine de rapprochement des trois versants, la loi mobilité, etc., etc.

Déterminé à mettre dans la rue dès le 12 septembre le monde du salariat privé à coup d’ordonnances estivales massacreuses, le Président ne dédaigne donc pas non plus mettre le bazar dans le service public.

Le rétablissement du jour de carence se veut, on le sait, une mesure juste et efficace. Elle est tellement juste qu’elle oppose déjà certains salariés du privé à d’autres (ceux dont la carence est prise en charge par l’employeur et les autres) ; maintenant, elle opposera aussi les salariés du privé et les agents du public. Efficace, comme toutes les réformes mesquines qu’on voit se mettre en place à droite à gauche, dans nos EP notamment, elle va contribuer à démotiver des agents qui font tout ce qu’ils peuvent pour s’accrocher à leurs missions : "mon toubib veut que je m’arrête parce que mon boulot est en train de me massacrer, avant j’allais le voir gratuitement et je serrais les dents, maintenant si je vais le voir on me fait sauter un jour de carence, finalement, je vais peut-être la prendre ma semaine d’arrêt..."

Les 120.000 emplois supprimés, c’est pas grave, comme dit Darmanin : « On ne supprime pas des fonctionnaires mais des postes de fonctionnaires ». Ouais, gros malin ! Sauf qu’un fonctionnaire sans poste ça n’existe pas, et donc…

Mais le pompon, c’est le point d’indice.
Un - On le gèle pour cinq ans, histoire de bien faire sentir aux fonctionnaires le poids de l’orthodoxie budgétaire.
Deux - On découple le point entre les trois fonctions publiques. Retour au début : "Il n’est pas normal, lorsqu’on cherche à augmenter par exemple le point de la fonction publique hospitalière, que toutes les fonctions publiques soient entraînées dans le même mouvement. Nous devons avoir une gestion différenciée des fonctions publiques, parce que leur réalité est différente". Donc, on le gèle, mais on ne le gèle pas uniformément, c’est tout-à-fait logique.

Bientôt un point d’indice par établissement public, voire un par service, voire encore un par agent. Il tout de même étonnant qu’un gouvernement qui cherche à se démarquer des précédents ait à ce point les mêmes tics que ses prédécesseurs.

Depuis au moins 2002, tous ceux qui cherchaient à dézinguer le statut général de la Fonction publique y allaient avec de tels gros sabots qu’on les repérait à 300 mètres. Et bien ça ne rate pas, l’actuel gouvernement avançant sur les dossiers de la Fonction publique avec la subtilité d’une Panzerdivision, on ne voit vraiment pas pourquoi on ne serait pas dans la rue le 12 septembre avec nos camarades du privé puisque, quand ils auront fini de s’amuser avec le Code du travail, ça sera notre tour de leur servir de gibier.

Bonnes vacances à ceux et celles qui n’en ont pas encore pris.