Les agents ont besoin de sentir de la transversalité, de la souplesse, du décloisonnement.

(actualisé le )

Cette phrase a été entendue, texto, au cours de la réunion de présentation du budget de mardi dernier, dans la bouche d’un des plus hauts responsables de notre ministère, membre éminent du cabinet.

Incrédules, on fait répéter : « vous êtes sûrs que c’est de ça dont ils ont besoin les agents ? »
« oui, oui »
« Ils n’auraient pas plutôt besoin de stabilité, qu’on les laisse faire leur travail tranquillement sans changer les locaux et l’organisation toutes les cinq minutes ? Ils n’auraient pas plutôt besoin de reconnaissance de leurs efforts et de moyens adaptés ? Et surtout, ils n’auraient pas plutôt besoin qu’on relâche un peu la pression des violences managériales en tous genres ? Vous leur avez parlé un peu, aux agents, vous êtes sûrs qu’on parle des mêmes ? »

Pas de réponse, demi-sourire un peu vague et les yeux qui passent en codes. On n’était pas là pour parler de ça, on était là pour parler chiffres.

Et justement, la tirade sur la transversalité, la souplesse et le décloisonnement, c’était pour expliquer qu’il allait falloir ré-organiser le ministère, et il va falloir ré-organiser parce que comme on va encore supprimer 160 emplois en 2018, il va falloir changer les façons de travailler.
160, ce n’est pas si terrible, 0,5% des effectifs, nous dit le cabinet.

- L’administration centrale : 60 emplois en moins, sur 1700, ça se verra à peine. Et puis ils ne vont pas protester, ils ne font jamais grève, ils sont tranquilles, donc on peut taper dedans comme des brutes…

- Les DRAC : 25 postes en moins, vous aviez cru aux promesses de stabilisation des effectifs ? Et bien non.

- Les EP : 65, ce n’est pas beaucoup. Ah oui, ça vient en plus des contrats aidés qui sont supprimés aussi, ce n’est pas grave, on s’arrangera.

- Les SCN : 10 en moins. Ah oui, c’est vrai, il reste encore des SCN…

Et, en complément, on peut lire dans la feuille de route de la ministre (page 5) : « Vous évaluerez l’organisation, le fonctionnement et les modes d’intervention du ministère afin d’assurer son efficacité et de proposer des économies structurelles dans certains domaines permettant la mise en œuvre des actions prioritaires. Cette réflexion en profondeur visant à recentrer le ministère sur le cœur de sa vocation, vous conduira à identifier des réformes structurelles dans son organisation ou ses modes d’actions. Vous veillerez en particulier à recentrer les services du ministère sur leur mission de conception, d’élaboration et d’évaluation des politiques publiques »

Tiens, pour une fois, ce n’est même pas la peine d’ouvrir le dictionnaire énarque/français, c’est à peu près clair : si vous faites autre chose que de la conception, de l’élaboration et de l’évaluation (pêle-mêle : du conseil, de l’expertise, de la recherche, de la restauration, de l’enseignement, de la surveillance, de la conservation, etc., etc.) vous n’avez rien à faire au ministère de la culture.

Mais la bonne surprise c’est que le ministère de la culture peut afficher un budget en hausse.

Et dire qu’ils ont été élus avec 15% du corps électoral…

Ça donnerait presque envie d’aller défiler dans la rue le 10 octobre !

DÉCLOISONNEMENT, SOUPLESSE, TRANS-VER-SA-LI-TÉ !