Le Ministre interpellé à propos de la souffrance au travail au MCC

(actualisé le )

Monsieur le Ministre,

Vous nous avez affirmé que les réformes ne se feraient pas sans les agents, et qu’elles ne se feraient pas contre eux. Vous avez par ailleurs souhaité que les organisations syndicales aient un rôle d’alerte. C’est dans cet esprit que je vous avertis très solennellement que ces réformes inquiètent. Cette inquiétude ne provient pas d’un défaut de compréhension ou d’explication, mais au contraire parce que l’objectif final est parfaitement repéré.

La « modernisation » annonce une diminution du nombre d’emplois publics, ce qui signifie surcroît de travail et désorganisation des services. Se profile dans le même mouvement une abdication de l’Etat face aux logiques du marché. Déjà vos services, et vos plus proches collaborateurs, ne nous parlent plus que de rentabilité financière. Enfin, le statut d’agent de l’Etat est pris sous les feux croisés de la RGPP et de la loi sur la mobilité. Ces réformes impliquent une dynamique de transformation accélérée des services à laquelle il est humainement impossible de s’adapter.

Or, elles vont s’abattre sur des équipes qui sont parfois déjà en état de très grande souffrance, et qui depuis longtemps ont perdu confiance dans leur hiérarchie, ressentant au contraire tout le poids de son arbitraire. La liste des établissements d’où nous proviennent des
échos alarmants est interminable. Les conditions morales et parfois physiques dans lesquelles sont conduites les missions sont extrêmement éprouvantes. Les méthodes de management par
le stress, accompagnées de l’idéologie de l’évaluation et armées de tout le jargon des contrats d’objectif, de performance et de rentabilité, sont des méthodes cruelles qui font des ravages dans le privé et qui n’ont pas leur place dans la fonction publique.

Je citerai rapidement quelques établissements :
- la Cité des Sciences et de l’Industrie de la Villette
- la Réunion des musées nationaux
- le Centre des monuments nationaux
- le musée d’Orsay
- le département des arts de l’Islam du musée du Louvre
- la Bibliothèque nationale de France
- la direction interrégionale de l’INRAP grand ouest

De tous ces lieux, dont la liste pourrait être allongée, des voix s’élèvent pour dénoncer des méthodes de direction qui favorisent les situations de souffrance au travail voire, dans certains cas de harcèlement moral. Pourquoi ces voix ne sont-elles pas entendues ?

Notons que le Centre national du cinéma, sous la pression des représentants du personnel, vient de reconnaître la nécessité de mettre en place une réflexion paritaire en interne sur ces problématiques de souffrance au travail. Une telle démarche est possible pour l’ensemble du Ministère.

Vous nous avez dit, Monsieur le Ministre, que vous rappelleriez aux présidents d’établissements publics qu’ils se trouvaient sous votre tutelle et que cette tutelle était effective. Je vous demande également de leur rappeler, ainsi qu’à leurs collègues directeurs de services extérieurs ou de services centraux, que leurs fonctions ne peuvent se concevoir sans une certaine dignité vis à vis des agents placés sous leur autorité.

Il est anormal que des services ou des établissements soient dirigés par des personnalités davantage soucieuses de leur propre image que des conditions d’exercice des métiers des agents qu’elles encadrent, davantage préoccupées par des objectifs purement comptables que
par le fait de permettre aux équipes de remplir des missions de service public avec bon sens et dignité. Il est anormal que des agents soient poussés vers la sortie simplement parce qu’ils sont plus anciens dans l’institution que le dernier tyran arrivé, que certains ne puissent tenir
qu’avec des anti-dépresseurs, ou qu’on constate une multiplication des arrêts maladie.

Les situations de souffrance au travail sont engendrées par des conditions structurelles. Il peut s’agir de réformes imposées, ou bien d’un système qui laisse impunies les conduites tyranniques des directions ou des hiérarchies intermédiaires. Mais dans tous les cas, comme le démontre très bien Christophe Dejours*, il s’agit de situations collectives. Toute mise en place d’un système d’aides personnalisées est une hypocrisie. Ce n’est pas en embauchant quelques psychologues du travail ou quelques spécialistes du bilan de compétence que le problème sera résolu. Le fléau de la souffrance au travail ne peut pas être circonscrit par de telles solutions palliatives, qui n’auront pour effet que de placer encore davantage les agents touchés par cette souffrance devant leur solitude, accroissant d’autant leur détresse.

Ce fléau doit impérativement être pris à la racine, et cette racine est politique. C’est donc votre responsabilité, Monsieur le Ministre, que de tenir sous contrôle l’application de la RGPP1 et de la RéATE. Il est également de votre responsabilité de geler la RGPP2, mise en oeuvre au pas de charge par le biais d’un « audit flash ».

Vous avez affirmé « je ne serai pas le fossoyeur du Ministère », et nous l’avons entendu. Mais le Ministère ce n’est pas seulement une politique culturelle et une organisation, c’est un collectif composé d’hommes et de femmes dévoués à leur tâche, et qui ont besoin de retrouver dans leur hiérarchie une confiance qui s’est délitée. Ils réclament de votre part des
signes tangibles d’une reconnaissance de leur valeur sociale et un véritable projet pour notre Ministère.

Pour le SNAC-FSU
Frédéric Maguet
Secrétaire général

*Dejours Christophe, 1998, Souffrance en France. La banalisation de l’injustice sociale, Paris Seuil, coll. Points

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