Le Louvre en danger : contre le démantèlement programmé de ses collections. Appel au Président de la République

(actualisé le )

Monsieur le Président, le musée du Louvre, fondé en 1793 par la République française pour la conservation et la mise en valeur du patrimoine artistique de la nation, est aujourd’hui confronté à l’un des plus graves dangers de son histoire.

Il a été en effet décidé de lui soustraire les réserves d’œuvres d’art qu’il renferme aujourd’hui en vue de les transférer à Liévin, commune du Nord-Pas-de-Calais située à deux cents kilomètres de Paris, mal desservie par voie ferroviaire, dans un futur bâtiment dénommé « pôle de conservation du musée du Louvre ». Bien que le motif originel de cette décision soit la sauvegarde d’une partie de ses collections contre le risque d’une crue centennale de la Seine, la mesure a été récemment étendue à la totalité des réserves du palais, y compris celles qui sont actuellement situées dans les étages.

Les conséquences de ce choix, dramatiques pour l’avenir du Louvre, peuvent se décliner en trois catégories principales :

Dommage patrimonial d’abord. Comme le prouve l’expérience constatée sur des échelles plus réduites, le transfert massif de centaines de milliers d’objets de toute taille et de toute nature ne pourra qu’entrainer la dégradation de nombre d’entre elles. Ce risque patrimonial majeur demeurera constant par la suite étant donné les incessants allers et retours entre Paris et Liévin induits par le renouvellement des présentations en salle, par les impératifs de la restauration des œuvres, comme par les mouvements que requièrent les nombreuses expositions auxquelles le musée participe dans le monde entier, alors même que le cadre budgétaire de plus en plus corseté imposé par les circonstances conduira à l’abaissement des normes professionnelles en usage pour le transport des œuvres d’art.

Dommage scientifique ensuite. Les réserves ont été, sont et demeureront toujours le vivier de la recherche fondamentale de tout musée digne de ce nom et au premier chef du Louvre, en lien organique avec les très riches bibliothèques et documentations créées au fil des années pour chacune des disciplines que représentent les huit départements constitutifs de l’institution. Les chercheurs du musée pratiquent sans cesse ces réserves, ils y accueillent régulièrement et correctement les scientifiques français et étrangers qui se pressent à Paris. Tout cela deviendra extrêmement difficile, voire impossible en cas de transfert à Liévin. Les œuvres seront alors coupées de l’infrastructure scientifique et intellectuelle dont elles bénéficient aujourd’hui, elles seront confinées dans une surface « compactée » au maximum. Les locaux annexes et le personnel dédiés à l’accueil des chercheurs se trouveront immédiatement engorgés face à l’afflux des demandes concentrées en un seul lieu.

Dommage écologique et financier enfin. Les deux cents kilomètres séparant Paris de Liévin entraîneront une hausse spectaculaire des frais de fonctionnement du musée, avec pour corollaire probable une baisse de la qualité de son offre culturelle, ainsi qu’une dégradation importante de sa participation à la réduction de l’empreinte carbone de notre pays par le recours constant qui devra être fait au transport routier.

Il n’est pas encore dit qu’au pays de Voltaire la raison a perdu tous ses droits ! En conséquence, afin d’éviter une aberration artistique, culturelle et financière sans précédent, nous, signataires de cet appel, dévoués à la cause de ce fleuron de la culture mondiale qui fait honneur à la France, avons l’honneur de nous adresser à vous, Monsieur le Président de la République, pour une révision totale du projet en faveur de solutions de bon sens alliant l’indispensable protection des œuvres d’art à la poursuite du développement de ce Louvre qui appartient à tous.

A cet effet, nous vous demandons instamment de bien vouloir faire étudier les différentes alternatives possibles, tant au sein du palais lui-même que dans son environnement proche.

Nous invitons l’ensemble des citoyennes et citoyens de bonne volonté, en France, en Europe et partout dans le monde, à refuser de soumettre ce patrimoine universel à l’influence de quelques intérêts politiques particuliers, à se joindre à notre démarche en signant le présent appel et en le diffusant le plus largement possible.

Pour signer : aller sur le site de la pétition