Le Front National à l’assaut de la Culture

Le Front National se positionne désormais comme un parti de pouvoir et cherche à étendre son influence avant les prochaines échéances électorales. Après les policiers, les fonctionnaires, les enseignants, de nouveaux collectifs cherchent à séduire des secteurs ciblés : étudiants, jeunes actifs, petits patrons, écologie... et maintenant la culture.
La création du CLIC (Collectif Création, Culture et Libertés) en juin 2015 vise à gagner des voix dans la sphère culturelle qui lui est très majoritairement hostile. Une lecture attentive du manifeste fondateur permet de comprendre aisément le sens ce cette entreprise.

Dans ce texte l’ennemi souvent cité vient de l’intérieur (comme souvent au FN) : il s’agit du milieu culturel officiel, « les clercs du monde politico-culturel », qui défendent un « nouvel art officiel ». Et qui use de leur pouvoir officiel et en abuse pour soutenir une « création politisée des ministres de la culture » droite et gauche confondus ( dans la doxa politique du FN, la gauche de toute façon c’est la « tyrannie » qui « étouffe » et la droite c’est « l’abdication », trop faible pour résister).
Cet art promu par les « clercs » aux ordres des gouvernements successifs est un art multiculturel, contraignant et même étouffant. Il n’est autre que la face visible d’ « un nouvel ordre moral », « un ordre nouveau relativiste », qui a déshérité les Français de leur Histoire, qui a fragilisé « l’arbre France » en le plongeant dans le « grand chaos du mondialisme. » Ces « clercs du monde politico-culturel », dont il faut sans doute comprendre qu’il s’agit des fonctionnaires de la culture, mais également des personnalités de « l’écosystème de la vie culturelle française », directeurs de théâtres, artistes, journalistes, qui s’expriment volontiers et ont en quelque sorte « pignon sur rue », constituent un « carcan administratif et politique qui étouffe » et dénature. Ils sont responsables de la « déculturation » que dénonce le FN. Mais comment ?
- par leurs « délires cultureux qui dénaturent et ridiculisent » l’histoire, le patrimoine, la vraie France et ses valeurs (Versailles), 
- par leur vision contraignante et limitée de la culture qui emprisonne la culture dans le "tout contemporain", 
- par leur connivence avec les spéculateurs .
Le clic ne dit pas comment, mais il devra se débarrasser de ce carcan, s’il veut, comme il le souhaite, libérer la création vivante, l’opinion et les créateurs. 

Le Clic accuse plus précisément l’Etat d’entretenir des relations coupables avec le marché de l’art. Il dénonce notamment les liens entre les investisseurs privés et « l’état complice ». Si l’on ajoute le « tout contemporain » à l’équation, on comprend qu’il s’agit évidemment d’une attaque en règle des FRAC, ces « banques de l’art qui accumulent des œuvres coûteuses ». Avec une pincée de « patriotes », protecteur du patrimoine, de la « France et des français », les propos du Clic évoquent, en sourdine, une vieille rengaine qui date d’un autre siècle et qui parlait déjà des dangers d’un art corrompu, d’un monde de l’argent corrupteur et de médias asservis.

Quelles sont les idées promues par le Clic ? 
Les souvenirs d’une « histoire glorieuse », l’importance des racines, la crainte de l’éparpillement, de "l’inversion des valeurs, la volonté de voir la France, entité sublimée et fantasmée, retrouver « sa place singulière dans le monde ». Tout ceci n’est pas sans rappeler les idées développées par Aymeric Chauprade, géo politologue et membre du FN, diplômé de l’IEP, auteur du livre « Chronique du choc des civilisations » inspiré de « The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order » de Samuel Huntington, paru en 1996. La Civilisation française fragilisée par le multiculturalisme et la mondialisation, bafouée par les « clercs du monde politico-culturel », est en danger selon le FN. Elle doit être protégée. Ce terme est omniprésent dans le texte du clic qui ne défend réellement que deux idées fortes : libérer et protéger.
- libérer l’expression et la création des carcans et des contraintes politico-administratives
- protéger l’histoire française, le patrimoine français et la langue française 
 
La mise en œuvre d’une telle politique est connue. Elle passe par l’exclusion et la suspicion, l’interdiction et la défiance, la promotion de vieilles idées rances et la perte de sens. 
Est-ce vraiment la Culture que l’on souhaite aujourd’hui ?