La recherche culture, fiche à l’attention de Mme Nyssen

Le ministère de la culture s’enorgueillit, avec raison, de la qualité de la recherche menée en son sein par ses personnels scientifiques (corps de recherche, de documentation, de conservation, d’enseignement, agents contractuels de recherche) mais il peine à reconnaître, valoriser, accompagner la diversité des situations de recherche.

Irriguant absolument tous les secteurs du ministère, la recherche culture ne peut subsister que si une juste compréhension des contraintes liées à l’activité de recherche se fait jour à tous les niveaux de la hiérarchie ministérielle, ce qui est très loin d’être le cas aujourd’hui.

Si le pilotage institutionnel de la recherche est suivi avec beaucoup de soin par le ministère (accord cadre, partenariats avec des écoles doctorales, des établissements d’enseignement supérieur, des écoles d’ingénieurs, inscriptions dans des LABEX, EQUIPEX et COMUE), il n’en est pas de même des conditions concrètes de l’activité de recherche au quotidien. Or, un chercheur qui ne peut pas chercher n’est plus un chercheur et la logique administrative seule ne peut pas créer de telles conditions.

- Il n’existe pas de communauté unifiée de la recherche culture et les moyens qui pourraient en favoriser l’émergence ne sont pas là : pas de tradition d’évaluation des équipes, pas de tradition d’évaluation par les pairs, évaluation administrative prenant le pas sur le rapport d’activité, disparition ou migration sous d’autres cieux des revues scientifiques du ministère. La constitution d’un « CNESER art et culture » est une bonne nouvelle mais elle concerne beaucoup plus largement l’enseignement supérieur que la recherche proprement dite.

- Il n’existe pas de conditions, communes à tous, permettant de régler les activités de recherche. Notamment : il n’est pas admis que l’ensemble des personnels scientifiques puissent disposer d’une décharge de service leur permettant de mener des recherches. Par voie de conséquence, l’activité de recherche n’est que trop rarement considérée comme une activité centrale, elle se fait si les activités de service en laissent le temps.

- Après des années d’immobilisme, les chantiers statutaires avancent pour les enseignants mais sont au point mort pour les filière « recherche », « documentation » et « conservation ». Les corps de recherche, en quasi-extinction de fait depuis la disparition de la MRT, sont particulièrement mal traités et doivent faire l’objet d’une requalification de toute urgence ainsi que d’une revitalisation. Sur ce dernier point, il est choquant que la levée de dérogation de l’INRAP, qui permettrait à de nombreux archéologues de rejoindre les corps de recherche, n’ait pas été traitée avec plus de sérieux par le ministère.

- La recherche culture n’a de sens qu’articulée avec les activités de service (conservation, expertise, conseil…) mais elle ne se confond nullement avec ces dernières. Les activités de recherche confèrent aux agents scientifiques du ministère une qualification de base qu’elles contribuent à entretenir tout au long de leur carrière. C’est cette qualification qui légitime leur expertise et leur intervention technique sur les objets patrimoniaux ou les objets de la création artistique, dans une dimension qui excède la pure dimension technique (un scientifique responsable de collection doit posséder des savoir faire relatifs à la gestion des collections mais ses savoir faire sont seconds par rapport aux compétences de contenu : il est erroné de penser qu’un régisseur puise remplacer un conservateur ou un ingénieur).

- La direction des établissements et des services qui abritent des activités de recherche doit impérativement être confiée à des scientifiques « culture » compétents dans le domaine considéré. Les dérives consistant à confier de telles directions soit à des administratifs soit à des universitaires a, systématiquement, produit des tensions conduisant à un blocage plus ou moins total du système.

La recherche culture est éminemment diverse, allant de la recherche en art, ou la recherche architecturale sur projet, à la recherche en sciences de la conservation, en passant par la recherche historique appuyée sur l’archéologie ou l’archivistique, à la sociologie de la réception appliquée à l’étude des publics, etc. Pour diverses qu’elles soient, toutes ces formes de recherche ont un trait en commun : elles ne peuvent se pratiquer que sous l’égide du ministère de la culture et sous l’autorité de sa ministre. Encore faut-il que les personnels affectés à ces tâches soient respectés et reconnus, ce n’est pas le cas à l’heure actuelle.

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