Enfin !

Après cinq ans d’obscurantisme néolibéral, il nous est enfin permis de connaître une éclaircie. Il faut dire qu’il était temps : après nous avoir volé la retraite à 60 ans, le président sortant s’apprêtait à nous voler la sécu, entendant conduire à son terme la liquidation de l’ensemble de la protection sociale et des services publics hérité du Conseil national de la résistance.

La FSU, comme d’autres forces syndicales, avait appelé à la rupture avec cette politique, c’est chose faite. Certes, 2012 n’est pas 1981 et on nous répète sans arrêt que François Hollande n’a pas beaucoup de marge de manœuvre, mais au moins a-t-il donné quelque assurance quant à ses intentions d’adopter une autre façon de gouverner.

Ainsi, sommes-nous déjà assurés que les présidents des chaînes publiques de radio et de télévision ne seront plus nommés par le président, mais par une instance indépendante. De même, il serait souhaitable, concernant le domaine culturel, que l’ensemble des présidents d’établissement et des chefs de service soient effectivement choisis par le ministre, et non par le président de la République.

Il est urgent de revenir à un système plus légitime, car en traitant ses ministres comme des « collaborateurs » et en nommant un peu partout, sans leur en parler, des copains aux postes clefs, le président sortant a largement contaminé le système ; et là où il n’a pas procédé à des nominations directes, son style s’est imposé. De là des dérives évidentes : il a semé un peu partout des clones qui, comme lui, s’entourent de courtisans, fonctionnent par copinage, court-circuitent les hiérarchies intermédiaires et maltraitent les agents :

- Il est scandaleux que le pouvoir politique ait pu tolérer à la tête des établissements du ministère de la culture des personnalités perverses qui se moquent de voir des agents se suicider du fait de conditions de travail dégradées, qui fabriquent sans états d’âme du handicap à tour de bras, qui conduisent des réformes dont le premier résultat est que les agents ressentent collectivement un mal-être et donnent tous les signes d’une grande souffrance au travail.

- Il est scandaleux d’autre part d’avoir placé à la tête de nos institutions des auxiliaires zélés de la réduction généralisée des politiques publiques qui ont saigné à blanc leurs services en s’abritant derrière l’argument habituel de « je ne fais qu’obéir aux ordres », alors même qu’ils donnaient aux promoteurs de la RGPP toutes les clefs permettant de désosser les services. Car, si le « un sur deux » concerne tout le monde et a été décidé au sommet, il faudrait être bien naïfs pour penser qu’il en va de même de toutes les mesures de la RGPP. Bien évidemment, les mesures les plus nocives pour notre ministère (externalisations massives dans la surveillance et une partie des fonctions administratives, fin des musées SCN, réforme à la baisse des interventions dans le spectacle vivant, etc.) ont été soufflées à la Direction générale de la modernisation de l’Etat par les technocrates mis à la tête de nos propres services par le pouvoir sarkoziste. La RGPP a permis « l’externalisation » de projets nocifs qui dormaient sur les étagères, autorisant au passage nos élites à s’exonérer de leurs responsabilités.

Peut-on espérer, depuis hier soir, voir s’achever le règne du mépris ? Mépris du président pour les deux ministres successifs, mépris de Frédéric Mitterrand, ministre « d’ouverture », vis-à-vis des personnels du ministère (on se souvient des « os de poulet mérovingiens » qui sont restés en travers de la gorge des archéologues). On peut souhaiter que le – ou la – ministre de la culture de François Hollande nous témoigne davantage de respect.
On peut en tout cas, d’ores et déjà, être assurés que François Hollande ne se comportera pas comme un beauf à Rolex qui exhibe comme une médaille son inculture. Il ne fait guère de doute que le monde de la culture n’a pas boudé cette élection : hier, la princesse de Clèves a voté.

Adieu donc à ce gouvernement de casseurs, ils partent et nous sommes toujours là ; ils nous ont porté des coups très rudes, à nous et à nos missions, et ils n’ont bien sûr jamais voulu entendre ce que le SNAC-FSU répète depuis des années : nos établissements ne sont pas des entreprises, nos institutions ne sont pas des industries culturelles. Quant à ces institutions, elles ne tiennent encore debout que parce qu’il y a des agents, investis des valeurs du service public, qui s’échinent à les faire fonctionner malgré tout ; tout cela demande une reconnaissance de la part du pouvoir politique et, aujourd’hui plus que jamais, nous avons le droit d’être fiers de ce que nous sommes :

Nous ne sommes pas des « employés » du ministère de la culture, nous sommes le ministère de la culture.

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Le SNAC-FSU revendique :

- un bilan critique de la RGPP dans le domaine et de la culture et la mise en oeuvre de mesures visant à revenir sur ses conséquences les plus désastreuses,
- le retour à des directions d’établissements confiées aux scientifiques, le retour à une conception d’établissements de service public et l’arrêt du modèle de l’entreprise privée,
- la garantie du maintien d’un ministère de la culture autonome et le renforcement du lien entre la centrale et les Directions Régionales des Affaires culturelles,
- la gratuité d’accès pour les établissements culturels,
- un exercice réel de la tutelle sur les établissements et un rattachement au statut général de la fonction publique pour tous les acteurs du champ ministériel et des collectivités territoriales ; le contrat n’est pas la solution pour les métiers de la culture,
- un ré-examen systématique des motifs invoqués par la droite pour justifier l’existence de statuts dérogatoires pour les établissements publics,
- la garantie d’une recherche de haut niveau à l’intérieur de la sphère culturelle, incluant les sciences humaines (histoire, histoire de l’art, ethnologie, archéologie, etc.) comme les sciences de la matière et les sciences du vivant,
- l’arrêt pur et simple des « grands projets » actuellement menés sans aucune garantie scientifique (MHF, MUCEM, …)
- l’arrêt des partenariats public-privé dans le domaine culturel,
- la sanctuarisation de domaines d’intervention régalienne, par exemple : un véritable service public de l’archéologie préventive,
- la sanctuarisation de la filière « accueil-surveillance-magasinage » des établissements patrimoniaux du ministère de la culture, et l’arrêt des externalisations dans ce secteur,
- un niveau de subvention et un mode de distribution des crédits qui permette au tiers secteur culturel de développer son travail de création et de transmission dans des conditions de sécurité rendant justice au rôle citoyen qu’il assume au sein de notre société.