Du côté de l’Europe : la Culture aux mains de l’extrême droite ?

Tibor Navracsics a été nommé commissaire à l’Éducation, à la Culture et à la Jeunesse de l’Union européenne en octobre 2014.

Cet ancien ministre du gouvernement de Viktor Orban a contribué à l’élaboration de lois portant atteinte à la liberté des juges, des médias, des ONG, de la Cour constitutionnelle … lois qui ont été unanimement dénoncées même par les plus libéraux au sein de l’Europe.
On peut y ajouter la réécriture des livres d’école et la mise au pas des institutions culturelles hongroises au profit de la seule culture hongroise traditionnelle...

Fait rare, la candidature de Tibor Navracsics a fait l’objet d’un avis défavorable de la commission Culture et Éducation du Parlement européen, mais son avis n’a pas été pris en compte. Jean Claude Junker a maintenu son choix (en enlevant la citoyenneté du portefeuille pour essayer de calmer le jeu) ce qui semble signifier que Education, Jeunesse et Culture sont sans conséquence à ses yeux...

Cette nomination est extrêmement inquiétante et de nombreuses voix se sont déjà faites entendre pour dénoncer cette aberration.

Extraits :

05/11/2014 Communiqué de l’Observatoire de la liberté de création

Nommer Tibor Navracsics à l’Éducation, à la Culture et à la Jeunesse, c’est envoyer un signal extrêmement inquiétant !

… L’Observatoire de la liberté de création exprime ses plus vives inquiétudes quant à la liberté de création et d’expression, dans l’Union européenne. Celle-ci sera désormais de la responsabilité de Tibor Navracsics, ancien ministre hongrois de la Justice et de l’Administration, auteur de lois portant atteinte, dans son pays, à la liberté des juges, des médias, des ONG, de la Cour constitutionnelle. Le gouvernement auquel il appartenait n’est en effet pas connu pour son action en faveur de la diversité, auteur d’une nouvelle Constitution hongroise légitimement décriée par les institutions européennes seulement deux ans avant cette nomination, et semble plutôt avoir œuvré pour mettre au pas les institutions culturelles hongroises, en mettant à leur tête des populistes prônant la défense de la seule culture hongroise traditionnelle.

L’Observatoire de la liberté de création déplore que ce poste particulièrement symbolique, dont l’objet est le vivre ensemble, soit confié à un responsable politique dont le profil évoque jusqu’à présent tout le contraire de l’esprit d’ouverture au cœur du projet européen....

http://www.la-srf.fr/article/nommer-tibor-navracsics-%C3%A0-l%E2%80%99%C3%A9ducation-%C3%A0-la-culture-et-%C3%A0-la-jeunesse-c%E2%80%99est-envoyer-un-signal

Pétition de ARTfactories

De quoi la nomination de Tibor Navracsics est-elle le nom ?
Nous, artistes, producteurs, compagnies, ateliers et lieux de fabrique d’art et de culture, nous, organisations et entreprises du secteur culturel, nous qui dans notre métier promouvons des logiques coopératives d’organisation, nous qui nous engageons sur nos territoires et travaillons avec nos publics à d’autres manières de faire culture ensemble, dénonçons avec la plus grande vigueur la nomination de M. Tibor Navracsicsau poste de commissaire à l’éducation, à la culture et au sport et ce qu’elle révèle comme mépris pour l’ensemble des acteurs qui contribuent à la construction d’une Europe de la Culture.

Nous dénonçons bien sûr la conception xénophobe et identitaire qu’incarne par son passé politique et ses actions sur le terrain M. Tibor Navracsics : le racisme culturel auquel toute l’extrême-droite européenne s’est convertie repose sur une confusion entre la chose culturelle, le roman national et la question de l’origine.

Mais nous dénonçons plus encore l’abandon d’une certaine idée de l’Europe que laisse supposer une telle nomination, telle qu’elle fût portée par ses pères fondateurs : l’Europe de la Culture. C’est bien la place vacante laissée par l’abandon de ce projet — l’entente et la paix par un dialogue entre les peuples que nourrit la diversité des références et des pratiques culturelles — que vient aujourd’hui occuper M. Tibor Navracsics. Avec lui, tous les populistes du continent sont invités à occuper l’espace public, non par la force d’adhésion propre à leurs discours nauséabonds, mais par l’absence d’un projet politique à leur opposer....

http://www.artfactories.net/Nomination-de-Tibor-Navracsics,1973.html

Emmanuel Leclercq, Le Monde, le 3 novembre 2014

L’UE confie la culture à un commissaire indigne

L’Union européenne compte parmi ses membres un Etat qui affaiblit gravement les institutions de sa démocratie : la Hongrie du premier ministre hongrois, Viktor Orban. Ses trois premières cibles ont été les médias, la justice et la culture. La presse fit l’objet en 2010 d’une loi d’encadrement et la Cour constitutionnelle, en 2011, fut largement remaniée aux « couleurs » du parti en place. De nombreuses autres atteintes aux libertés ont suivi.

...Au sein des institutions de l’Union, un large consensus s’est rapidement dégagé pour condamner ces dérives, mais plutôt que d’appliquer une procédure de sanctions (l’article 7 du traité de Lisbonne), elles ont préféré l’attentisme. Et c’est dans cette spirale de la démission que les eurodéputés ont, ce 22 octobre, accordé leur confiance à la nouvelle Commission, et donc à Tibor Navracsics, commissaire désigné par Viktor Orban...

… La nomination de Tibor Navracsics fait froid dans le dos. Ministre de la justice de Viktor Orban, il a été le fer de lance de la mise au pas de sa justice, en restreignant les libertés publiques. Quant aux mesures du gouvernement Orban à l’égard de la culture, disons-le tout net : au-delà d’une volonté manifeste de mainmise sur son contenu, elles se caractérisent par une quête nationaliste obsessionnelle des origines et de la pureté magyares, qui rappellent de sinistres précédents....

http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/11/03/l-eu-confie-la-culture-a-un-commissaire-indigne_4517073_3232.html