Droit à la déconnexion et à l’évasion

(actualisé le )

Bonsoir à toutes et tous,

en ces temps difficiles d’entrée dans le dur de la pandémie en Europe, pour toutes celles et ceux qui travaillent encore en présentiel, qui sont débordés par le bricolage permanent du télétravail et des réunions par visioconférence, pour celles et ceux qui sont confinés sans réel moyen de travailler à distance, il nous semble bon de rappeler l’importance de se préserver chaque soir, de ne pas oublier ses priorités personnelles et de s’évader temporairement de la réalité qui nous saute à la figure.

Nous pensons tout particulièrement à celles et ceux qui sont seuls dans un petit appartement, sans une réserve de livres, CD, DVD (au choix) à portée de main, avec peut-être juste un smartphone comme lien avec le monde extérieur...

Donc, après notre nouveau rituel de 20 heures à la fenêtre, il serait bon de fermer temporairement votre quotidien préféré, l’onglet France Info ou Santé Publique France...et vous détendre avant de dormir.

Quelques suggestions de sites avec des contenus culturels garantis libres de droit et gratuits sont donc mis à votre disposition dans cette rubrique.

Pour commencer, et parce que c’est ce qui nous sidère depuis janvier,
allez voir les organismes unicellulaires autrement que sous l’angle de cellules vampirisées par des virus se reproduisant à toute vitesse, grâce à ce documentaire scientifique et drôle d’Arte, « le blob, un génie sans cerveau »..., portrait d’une cellule assez vorace et dont les capacités repoussent les limites de l’intelligence du vivant.

Notre ministère a été le premier à mettre en place un site dédié,
« Culturecheznous », une compilation qui sera peut-être décevante pour les agents du ministère, mais peut-être pas pour des amis ou connaissances à court d’idées. Les contenus s’enrichissent de jour en jour...

Pour celles et ceux qui veulent de la lecture...

Pour le moment, il manque à Culture chez nous un lien avec la page que vient de créer la Bibliothèque nationale de France, page où vous pouvez accéder à des milliers d’œuvres du domaine public grâce à Gallica.
Exceptionnellement, grâce à un abonnement gratuit de 15 jours à RetroNews, vous pouvez également accéder à l’ensemble du fonds de journaux numérisés.

Pour une ouverture sur la pluralité des mondes, il faut chercher des ressources locales, par exemple avec Manioc, bibliothèque numérique Caraïbe, Amazonie et plateau des Guyanes ou la Médiathèque de Guadeloupe.

Si vous ne voulez décidément pas vous déconnecter d’une réflexion sur ce que nous vivons aujourd’hui, il y a l’initiative des éditions Gallimard et ses Tracts de crise, qui permettent de rester à l’écoute de divers points de vue contemporains, trois fois par jour depuis le 18 mars.

...et des archives d’émissions littéraires

L’Institut National de l’Audiovisuel ouvre également ses archives avec un abonnement de trois mois gratuit. Vous pouvez y glaner quelques pépites comme ce portrait-témoignage de Marcel Proust issu de cette collection de portrait-souvenir d’écrivains bien patriarcale (pas une seule autrice du XXe siècle).

Si vous faites partie de la moitié de l’humanité qui trouve que, décidément, cette invisibilité vous insupporte, nous vous recommandons l’exploration des ressources de ce précieux site encore peu connu, Le Matrimoine.

Pour celles et ceux qui aiment le théâtre

Surprise ! Depuis le 30 mars, la Comédie française se laisse découvrir sur une chaîne Youtube dédiée. Un rendez-vous en ligne et en live, chaque jour à partir de 16 heures, avec les pensionnaires et les sociétaires, les jeunes comédiennes et comédiens de l’académie, des membres du comité de lecture, sans oublier les techniciens du plateau qui vous narrent leur métier et leur jargon technique. Deux captations de spectacles à 18h30 et 20h30 et 20h50 le dimanche sur France 5. Un régal (malgré les réserves sur le peu d’entrée d’autrices au répertoire du Français), dont vous trouverez ici une part, sous forme d’archives sonores. Les spectacles du dimanche sont visibles en replay sur France 5 pendant 3 mois.

D’autres théâtres privés ou publics ont anticipé le Français et mettent en ligne depuis le 26 mars un riche programme de captations anciennes ou plus récentes et de documentaires autour de leur programmation, à commencer par le Théâtre du Soleil et sa chaîne Viméo, avec notamment la captation du 1789 (1974),
le Molière (1978),

l’intégrale filmée du Dernier Caravansérail (Odyssées) (2003).
Le fleuve cruel.
Le fleuve cruel (suite).
Origines et destins.
Origines et destins (suite).

et la version film des « Naufragés du Fol Espoir (Aurores) » (2011), leur dernière production, en tournée mondiale depuis 2010.
Partie 1
Partie 2

...mais aussi le Théâtre des Bouffes du Nord ou encore le Théâtre 13 à Paris.

Le théâtre de l’Europe-Odéon propose une programmation de captations autour d’Ibsen, de Tchekhov, et de Molière.

D’autres théâtres mobilisent leurs comédiens pour aller au plus près des besoins de personnes éloignées ou isolées, comme le Théâtre de La Colline et son initiative « Au creux de l’oreille » ou bien le Théâtre de la Ville et ses « consultations poétiques » par téléphone.

Pour celles et ceux qui aiment la danse...

Il y a les captations du Théâtre national de la danse de Chaillot.

Pour celles et ceux qui font trois ou quatre choses en même temps...

... mais qui ont les yeux fatigués ou les mains occupées ou préfèrent écouter des voix, il y a évidemment les radios publiques, je pense notamment à France Culture et plus particulièrement à certaines séries comme « la Compagnie des oeuvres », « Etre et savoir » sur l’éducation et les savoirs ou encore « Soft Power » pour ceux qui ont envie de réfléchir aux politiques culturelles.

Pour ma part, je vous propose deux sélections plus personnelles, parmi les plus belles réalisations de fictions radiophoniques de France Culture ; « les Misérables » de Victor Hugo, en intégrale et en 14 chapitres, et « les 10 jours qui ébranlèrent le monde » de John Reed, en 10 épisodes.

Et pour faire transition avec le cinéma, il y a dans l’émission « A voix nue » une série en 5 épisodes sur Ken Loach, l’insurgé, à écouter d’urgence en ce moment.

Pour celles et ceux qui préfèrent le cinématographe...

Pour les cinéphiles équipés d’un écran un peu plus grand qu’un smartphone (quoique), il y a aussi les pépites tombées depuis longtemps (ou pas...) dans le domaine public et accessibles notamment via Openculture, énorme plate-forme anglo-saxonne...
Dans chaque catégorie, films noirs, documentaires, courts ou longs métrages oscarisés, films muets, il y a de grands classiques à revoir et des raretés à découvrir comme les films d’animation d’Alexander Petrov et son adaptation du Vieil homme et la mer d’Hemingway.

Vous pouvez y voir des Hitchcock première période anglaise

et des Tarkovski d’avant l’exil...
« Andreï Roublev » (1969) Partie 1 et Partie 2
« Solaris » (1972) Partie 1 et Partie 2
« Le Miroir » (1974)
« Stalker » (1979)
Pour les sous-titres français, il y a quelques rares cas de décalages avec la bande-son (Le Miroir de Tarkovski). Il faut alors se résigner à choisir les sous-titres en anglais... mais bon, on ne va pas faire la fine bouche...

Pour les films produits par Mosfilm, il faut parfois ruser pour trouver le bon lien en passant directement par la sélection de 70 films en HD de leur chaine dédiée sur YouTube, comme avec le monumental, très officiel et très fidèle à Tolstoï, « Guerre et Paix » (1966-1967) de Sergueï Bondartchouk.
Partie 1-1
partie 1-2
Partie 2
Partie 3
Partie 4

Toujours pour les cinéphiles, il y a aussi les rencontres avec des cinéastes ou leçons de cinéma sur les sites de la Cinémathèque française, qui vient d’ouvrir ce 9 avril une 4e salle, Henri, une programmation d’un film rare ou d’avant-garde à découvrir chaque soir...mais aussi les ressources du Forum des Images de la ville de Paris.

D’autres cinémathèques se sont ouvertes depuis, comme celle de Nice, avec une programmation éclectique comprenant notamment des films tournés dans les studios de la Victorine.

...et le cinéma du réel

Pour celles et ceux qui souhaitent rester ouverts sur le réel en images, il y a les traces qu’a laissé Chris Marker sur internet : Gorgomancy, avec une mention spéciale pour la série complète des 13 films « L’héritage de la chouette » et son labyrinthique « Immemory » ou encore sa chaîne YouTube. Et pour entrer dans l’œuvre, les « Notes from the Era of Imperfect Memory », exercice d’admiration et compilation systématique de ressources sur l’œuvre, continuent d’être actualisées depuis 2012. Enfin le site « Chris Marker, plongée en immémoire » propose, cette fois en français, une exploration plus systématique de tous les moyens d’expression empruntés par Marker et d’autres traces laissées sur le Net.

Les réflexions de Peter Watkins sur la Monoforme et les conditions de réalisation de son film « La Commune, Paris 1871) ».

La chaîne YouTube de Ken Loach, avec quelques-unes de ces réalisations pour la BBC.
« The Rank and the File » (1971)
« The Price of Coal » (1977), Partie 1 et Partie 2 (1977)
et 4 des 10 « Wednesday Plays » (1964-1970), série dramatique sur des sujets de société qui n’étaient pas débattus dans les mass-médias de l’époque.
« Three Clear Sundays » (1965), plaidoyer contre la peine de mort.
« The End of Arthur’s Marriage » (1965), fantaisie musicale brodée autour du choix de vie inattendu d’un ouvrier.
« Up the Junction » (1965), portrait sensible de trois jeunes couples, incarnés avec le naturel absolu des non-acteurs de la méthode Ken Loach.
« In Two Minds » (1967), portrait d’une jeune femme face au pouvoir psychiatrique, et matrice du futur « Family Life » (1971).

La dernière réalisation de Stan Neumann, « Le Temps des ouvriers », un documentaire en 4 volets diffusé par Arte et bienvenu en ce 1er mai 2020. Un entretien tout récent avec le réalisateur sur Radio Prague International permet de comprendre le cheminement de ce projet. Une histoire du monde ouvrier européen qui s’attache aussi bien aux conditions de travail qu’aux grandes luttes, depuis les premières factories britanniques au 18e siècle jusqu’à la désindustrialisation actuelle. Un montage alternant et confrontant la narration historique (avec archives iconographiques ou filmiques, témoignages contemporains) à la parole d’aujourd’hui, le tout entrecoupé de bulles d’animation pédagogiques, distanciées et humoristiques (les utopistes du 19e siècle, les insurrections et les barricades, le Taylorisme...). Bernard Lavilliers prête sa voix à la narration, ce qui ne gâche rien.

Le festival « Visions du Réel », qui se tient habituellement en avril à Nyon a pris la décision d’offrir l’intégralité de sa programmation en ligne, du 17 avril au 2 mai ; des réalisations en première mondiale et donc en accès libre, pour l’un des festivals majeurs dédiés au cinéma du réel, depuis 1969.

Pour celles et ceux qui ne l’auraient pas encore visionné, allez voir d’urgence (en replay jusqu’au 1er Mai) la série documentaire en 4 volets « Green Blood », issue d’une investigation internationale inédite dans son format comme dans ses méthodes. Huit mois d’une enquête qui révèle le prix humain et écologique de l’industrie minière et de la mondialisation. Le journalisme d’investigation à son plus haut niveau.

Pour les mélomanes...

...qui font trois choses en même temps, il y a bien sûr France Musique et notamment ses Webradios thématiques et ouvertes sur d’autres mondes musicaux et culturels.

....qui préfèrent joindre l’image aux sons, il y a bien sûr Arte Concert, l’un des choix les plus éclectiques.

Pour les musiques baroques, classiques, contemporaines et les musiques improvisées il y a encore pas mal de concerts disponibles sur le live de la Philharmonie de Paris, tandis que les archives et les concerts de la saison de la Philharmonie de Berlin arrivent chez vous gratuitement pendant 30 jours via une inscription préalable.

Les plus grands opéras du monde mettent également à disposition de tous des captations de leurs productions, à commencer par l’Opéra de Paris. Le Metropolitan Opera de New York propose quant à lui de visionner un opéra chaque soir. Chaque représentation est disponible pour une période de 23 heures, à partir de 19h30 (heure de New York soit 00h30 en France) jusqu’à 18h30 le lendemain (heure de New York soit 23h30 en France). Le programme comprendra des performances des 14 dernières années, mettant en vedette les plus grands chanteurs d’opéra.

Et enfin, pour nous accompagner durant la période de déconfinement (et pour donner à nos autorités un exemple européen de ce qu’il aurait fallu faire et de ce qu’il faudra faire), allez écouter du 4 mai au 4 juin les 11 retransmissions en direct du 75e festival du Printemps de Prague qui se tient dans des conditions adaptées mais se tient malgré tout. Elles sont ensuite archivées et accessibles en streaming en cliquant sur chacun des concerts retransmis.

Pour les musiciens amateurs...

... qui ont la chance d’avoir un instrument à portée de mains, il y a la « Petrucci Music Library »... même sans imprimante, c’est une mine....surtout pour les baroqueux et les classicos mais pas que...
Pour tout ce que vous ne trouvez pas sur la Petrucci, il y a ScorSer, plus éclectique (jazz, musique pop, chansons traditionnelles et d’auteurs compositeurs...). Et enfin Tarakanov pour les mordus du répertoire russe (mais pas que...).

Pour les sérieux et les curieux de tout...

Pour celles et ceux qui auraient beaucoup de temps et l’envie de retourner à l’université, il y a bien évidemment notre université gratuite et ouverte à toutes et tous, le Collège de France et ses ressources par chaire et discipline.

Mais aussi les ressources d’autres universités francophones, comme celle du Québec à Chicoutimi, ouverte sur l’histoire et les cultures des DOM-TOM, par exemple.

Ou encore les conférences d’autres lieux de savoir, relayées par France Culture.

Tous moyens d’expression, de création et de savoirs confondus il y a enfin Ubu, plate-forme américaine regorgeant de pépites d’avant-garde, depuis les débuts du XXe siècle (des enregistrements de Maïakovski ou d’Apollinaire) jusqu’à aujourd’hui. Vous pouvez vous perdre dans les allées de ce labyrinthe tout un week-end sans problème...par exemple en écoutant tous les cours de Roland Barthes.

Nos chemins de recherche ont croisé ceux de l’hebdomadaire Politis, dont les rubriques Culture ont pris une nouvelle tournure depuis le 20 mars dernier. Vous trouverez dans la rubrique « Autour de nos chambres » le plein de trouvailles complémentaires, plus pointues que les nôtres... mais avec la même ligne... tout est gratuit et libre de droit...

N’hésitez surtout pas à nous faire part de vos trouvailles, sur ces sites ou sur d’autres, nous actualiserons cette rubrique afin de partager avec le plus grand nombre ces ressources et ces possibilités d’évasion.

Prenez soin de vous et de vos proches afin de nous retrouver plus tard et de tirer toutes les leçons nécessaires de l’épreuve que nous traversons tous en ce moment.

La permanence du SNAC-FSU