Culture et politique. Main basse sur Notre-Dame

(actualisé le )

Depuis le début du quinquennat, les fonctionnaires et agents publics n’ont cessé d’être discrédités, dépréciés. Les agents du ministère de la Culture n’échappent pas, loin de là, à cette marginalisation rampante, eux dont le ministère a été confié à des personnalités qu’il s’agissait avant tout de récompenser pour une allégeance à toute épreuve, et dont le désintérêt pour la culture et le service public de la culture empirait à chaque modification de gouvernement.

L’incendie de Notre-Dame est venu, malheureusement, concrétiser l’absence, aujourd’hui, de politique culturelle de l’État.

La récupération politicienne et cynique faite par le président de la République d’une catastrophe transformée en défi, « nous reconstruirons en 5 ans », s’accompagne de l’absence d’un ministre de la Culture dont le seul commentaire s’est limité à la rodomontade « impossible n’est pas français ». Et pour couronner le tout, les travaux de restauration sont mis sous la coupe d’un ancien chef d’état-major dont la seule compétence patrimoniale semble celle d’être un paroissien de Notre-Dame.

Dans le même temps, les plus grosses fortunes faisaient assaut de générosité, générosité dont on sait ce qu’elle représente vraiment une fois les déductions d’impôts faites. Avec l’effet « boule de neige » des médias et des réseaux sociaux, en une semaine, on a frisé le milliard d’euros… si toutes les promesses de dons sont actées. Heureusement, un certain nombre de citoyens ont déjà su ramener à la raison des municipalités emportées par le tourbillon médiatique.

Le mécénat n’a jamais été gratuit. En effet, l’illusion démocratique a tendance à faire oublier que l’État, garant du patrimoine national depuis la Révolution, a abandonné peu à peu cette prérogative, privatisant progressivement musées, monuments nationaux, et une partie de leurs personnels, livrés aux pseudo-mécènes capitalistes, le temps de fêtes privées ou de réunions promotionnelles.

La réponse à ces dons miséricordieux ne s’est pas faite attendre et s’est traduite immédiatement en termes législatifs. Un projet de loi, bâclé en une semaine, entend placer la reconstruction d’un monument historique situé au cœur de la capitale en dehors de toutes les lois et réglementations existantes. Des ordonnances dispensées du seul fait du prince devraient passer outre non seulement la législation sur les monuments historiques, mais aussi le code de l’urbanisme, celui de l’environnement, les règles gérant les marchés publics, et même, compte-tenu des délais incompréhensibles annoncés, les règles les plus élémentaires de sécurité. La porte serait ainsi ouverte à tous les passe-droits et opérations de complaisance, à moins d’un sursaut conséquent de députés et de sénateurs enfin conscients de leur rôle…

On savait déjà, après l’encensement de Stéphane Bern, quelle considération Emmanuel Macron pouvait avoir pour le patrimoine. Le mépris avec lequel il vient de traiter les responsables de la direction du Patrimoine, conservateurs et architectes des Monuments historiques et des Bâtiments de France, en est un nouvel exemple. Pour le chef de l’État, le patrimoine se gère dans une surenchère verbale, sans aucune prise en compte des compétences particulières nécessaires dans ce domaine.

L’incendie de Notre-Dame aurait dû être un signal d’alarme sur les conséquences des restrictions de postes et de moyens dans toute la chaîne culturelle, comme dans les autres services publics, avec une charge de travail maintenue, sinon accrue, et de trop nombreuses externalisations. Une interrogation de fond sur les conditions de travail et de sécurité dans les monuments nationaux, entre autres, devrait s’instaurer.

Pour tirer les leçons d’une telle catastrophe, du temps doit être trouvé, temps nécessaire aux études préalables indispensables, archéologiques et architecturales, une remise à plat des connaissances, et un choix de modèle de reconstruction réfléchi, argumenté, controversé.

Au lieu de cela, le ministre de la Culture est transparent, les agents du ministère, et en particulier dans les conditions actuelles ceux de la direction du Patrimoine, sont ignorés.

Sans même attendre les premiers diagnostics structurels sur l’état sanitaire du monument, le président Macron, en monarque républicain, a donc décidé, seul, de lancer « son » grand chantier, il devra en assumer les conséquences.