Comment le CNC balade le Comité technique et s’entoure d’une armée mexicaine

(actualisé le )

Lors du comité technique du 21 avril dernier, la direction du CNC demandait aux élus de se prononcer sur un projet destiné à impacter fortement l’organisation du CNC. Il s’agit de la création d’un poste de directeur de la stratégie et du contrôle (notamment contrôle de l’utilisation des aides versées aux entreprises du secteur du cinéma et de l’audiovisuel). Ce mariage curieux de ces deux termes – stratégie et contrôle – pointe en réalité les faiblesses et les carences de la présidence.

Les élus ont voté unanimement contre ce projet en réclamant la consultation préalable du CHSCT afin de donner un avis sur les impacts de cette réorganisation qui ne se résument pas à une simple création de poste en catégorie A+. En effet, si un poste de directeur est créé, nous pouvons en déduire raisonnablement que la création d’une direction va suivre, à court terme. L’administration attendait vraisemblablement par cette demande d’avis que les élus donnent un blanc-seing à la création d’une nouvelle direction taillant dans les effectifs des autres directions et services pour se constituer.

L’administration du CNC ne souhaite pas se plier aux règles encadrant le fonctionnement des instances et rejette tout ce qui peut constituer une entrave à sa volonté, notamment en tenant les représentants dans l’ignorance des objectifs finaux de cette réforme. La réponse que nous a adressé le directeur général délégué illustre parfaitement l’état du dialogue social au CNC et le sentiment de toute puissance de notre Présidence qui ne prend pas la peine de reconvoquer le Comité technique dans les formes requises.

Ainsi, le Comité technique n’a pas été consulté sur un nouveau schéma d’organisation, mais sur une simple création de poste. Il paraît qu’une réflexion était menée depuis trois ans sur la question, a-t-on appris de notre Présidente. Cette longue réflexion n’a permis de ne concevoir que la tête de la fusée, pour le reste, au futur directeur de concevoir et construire le prototype.
Pourtant, sur la partie contrôle, les besoins, mais aussi les carences, sont depuis longtemps identifiées. Ce qui a manqué jusqu’à présent ce n’est pas la désignation d’un homme providentiel, mais une simple volonté politique qui ne s’est jamais manifestée et n’a jamais été portée sérieusement, malgré les recommandations insistantes de la Cour des comptes.

Par ailleurs, une première réunion avec les directions et services potentiellement concernés par la création de cette future direction de la stratégie et du contrôle s’est tenue avant même la nomination du futur directeur et donc sans concertation avec lui. Où est donc la logique dans tout cela ? La méthode empirique semble primer aujourd’hui, serait-ce en lien avec la recomposition du paysage politique ?

Cette nouvelle forme de gouvernance consistant à demander au recruté de définir son poste et de former les équipes qu’il dirigera après découpage dans les moyens existants est assez préoccupante. Nous avons également appris que le recrutement, avait été lancé avant même la réunion du CT ! Ainsi un cabinet de recrutement est déjà à l’œuvre pour dénicher l’oiseau rare. En présentant cette réorganisation par la seule approche de la création d’un poste, la direction tente d’éluder le débat de fond sur les missions, les moyens et les conséquences sur les personnels et l’organisation.

Une magnifique illustration du respect des instances et des élus pourtant proclamée, main sur le cœur, par notre directeur général délégué, en début de séance du Comité technique.

A l’ordre du jour de Comité technique figurait également un autre projet concernant la création d’un second poste de directeur adjoint à la DACN (direction de l’audiovisuel et de la création numérique). La pertinence de cette création de poste a été très fortement mise en question par les agents concernés qui réclament le renforcement des équipes actuelles pour faire face à une charge de travail structurellement inflationniste et non la création d’un nouvel échelon hiérarchique. Lorsque l’on interroge le personnel, la création de ce poste a pour principal objectif de seconder ou suppléer le directeur en place qui ne semble pas disposer de toutes les qualités nécessaires pour assumer pleinement sa fonction, alors qu’il existe déjà un poste de directrice adjointe.

Pour compléter ce tableau, la création de deux missions a également été présentée à ce même Comité technique : Une mission relative à la transition numérique et une autre mission relative au jeu vidéo, deux missions nécessaires vraisemblablement pour définir là encore la stratégie des années à venir et sur lesquelles vos représentants ne seront pas consultés.

Nous sommes entrés de plain-pied dans l’aire de la dérégulation et du libéralisme balayant toutes les contraintes. Il appartient à la Ministre de réaffirmer l’importance du dialogue social et du respect des instances et des représentants du personnel élus.

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