Archéologue, quel beau métier...

(actualisé le )

Le CDA, un contrat usine à gaz pour archéologues toujours plus précaires

Et nous alors ?????

On est là pour en baver !

Archéologue, quel beau métier !

Des années d’études pendant lesquelles on a eu le temps d’apprécier toutes les galères de la fac (le joyeux délire des inscriptions, les quotas, les cours surchargés, les bâtiments délabrés, les restau-U…). Une entrée
dans le monde du travail on ne peut plus chaotique : des stages presque pas rémunérés, des années de CDD avec carence et maintenant de CDA. Ce n’est pas mieux ! Une CDIsation si tardive qu’on a tout le
loisir de développer son ulcère. Avoir additionné les contrats sans ne jamais passer une audition, et pour
être titularisé, devoir affronter un tribunal scientifique où il faut se vendre comme dans le privé. « Take me,
I’m the best ». Devoir parler science pour un simple poste de technicien et ne pas être jugé sur
sa valeur de fouilleur, un comble ! Se faire retoquer plusieurs fois. Et quand la CDIsation arrive enfin,
la frustration… Avoir un master voire une thèse et se retrouver en technicien à tamiser des sédiments, se
dire qu’on a étudié pour pas grand-chose. Et quand on a des responsabilités, découvrir les sites sousévalués,
les cadences effrénées, les heures sup à gogo non rémunérées pour finir son rapport… Sans que
personne ne dise jamais merci ou bravo. Entrer à l’Inrap les bras chargés de beaux diplômes, la tête pleine
de connaissances, les yeux plein d’étoiles, et se retrouver de la corne dans les mains à force de couper
les poteaux à la bèche. Le tout dans des conditions météo pas toujours favorables, voire franchement
désagréables.

Ah ! La boue ! La thalasso gratos ! Qui n’a jamais passé des heures, que dis-je, des jours, non ! que
dis-je, des semaines, à patauger dans la gadoue, à essayer de nettoyer pour faire une photo pas trop
dégueulasse, à se battre pour que cette ♫ de boue se décolle de la bèche afin qu’une nouvelle quantité de
♫ de boue s’y colle ! 3 kgs de boue sous chaque chaussure, qu’on ballade partout sur un site patiemment
et amoureusement nettoyé ! Et la pluie me direz-vous ? Ah ! La pluie ! Les vacances en Irlande gratos !
Le relevé dans un grand mini-grip pour que la feuille ne se déchire pas, l’archéologue prostré sous son
parapluie à essayer d’écrire un n° d’US sur un sac, les cheveux qui vous collent au visage, les fringues
tellement dégueulasses que certains riverains nous prennent pour des repris de justice et changent de
trottoir lorsqu’ils approchent du site (véridique !!!). Et le froid me direz-vous ? Ah ! Le froid ! Noël au pôle nord
gratos ! Les journées allongés par terre par -8°C à fouiller des tombes, le sol tellement gelé qu’on y casse les
outils, les structures ratées parce qu’on y voit rien.
Parfois il fait beau n’est-ce pas ? Hum, trop peut-être ? Ah ! La canicule ! Le sauna gratos ! L’année 2003 ou
juillet 2010 tout simplement. Les tubes de protection solaire indice 60, le sombrero, la djellaba et tutti quanti,
mais surtout un minimum de 3 litres d’eau sur le terrain sinon c’est la mort ! Oui ma p’tite dame, la mort.
Ah ! Archéologue ! Quel beau métier ! Arrêtons de nous plaindre.
Retraite, pénibilité… Ce qui risque d’être pénible, c’est d’arriver jusqu’à la retraite. A faire du bac + 5 pour
des prunes, subir le chômage pendant des années, se détruire les articulations au travail, être titularisé
quand on grisonne. A ce moment-là, les TMS se
sont déjà installés : syndrome carpien, articulations
douloureuses, arthrose, tendinites, mal aux genoux,
mal au dos, mal au cou, mal partout.
Rappelez-moi combien d’années il va falloir supporter
tout ça avant d’y avoir droit à cette retraite : 42 ans et
demi ? Non mais je rêve, on n’y arrivera jamais. En
fauteuil roulant à chenille peut-être… équipé de truelles
installées sur des bras artificiels éventuellement. Pas
facile pour faire des relevés vu qu’on ne pourra plus se
pencher à ce moment-là.
AAH : assistant archéologue handicapé. Un nouveau
contrat à proposer à l’UMP ?

Les spécialités seront-elles toutes reconnues à l’Inrap ?

On peut se poser la question lorsqu’on décortique la nouvelle instruction qui régit le versement
des « primes » ou indemnités de suppléance depuis le 1er janvier 2010. Pour le moment, les
spécialités reconnues par une fiche de poste et ouvrant droit à une indemnité de suppléance sont :
anthracologue, anthropologue, céramologue, archéobotaniste, archéozoologue, tracéologue,
géoarchéologue, géomorphologue (cf. sur intranet, selon la liste donnée dans le « dossier de
certification »). La seule modification par rapport à l’ancien régime, valable jusqu’en 2009, est
donc l’ajout de l’archéozoologie et de la tracéologie comme spécialités.
Et les autres ??? Les archéologues qui étudient le mobilier (lithique, métal, verre, tabletterie,
bois, numismatique, mosaïque, enduit peint…), les spécialistes des recherches en archives, enfin
les archéologues du bâti peuvent légitimement se demander pourquoi ils ne figurent pas dans
la liste.
Est-ce juste parce que des fiches de poste n’ont pas été créées par la DST ? Y-a-t-il d’autres
blocages ?
Pour l’administration de l’Inrap, c’est la DST et elle seule qui est compétente pour statuer sur
la reconnaissance ou non de compétences comme relevant de catégorie 4. Jusqu’à présent,
les organisations syndicales n’ont jamais pu obtenir des explications sur les différenciations
effectuées par la DST sur les spécialités donnant droit à une indemnité de suppléance et « les
autres », qui en sont pour l’instant exclues.
Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir réclamé des éclaircissements, au moment de la mise en place
des activités dans les différentes catégories lors du repyramidage notamment. Combien de fois
le Snac-FSU, et d’autres OS, ont répété qu’il était aberrant de reconnaître les céramologues et
pas les lithiciens par exemple.
Sur l’insistance du Snac-FSU et des autres organisations syndicales, la DRH a admis que les
organisations syndicales avaient droit à un échange avec la DST à ce sujet. Une réunion est
prévue pour fin novembre. Les organisations syndicales vont enfin pouvoir rencontrer la DST
et tenter de comprendre la définition des « spécialités de catégorie 4 » selon cette dernière,
voir quels sont les points d’achoppement et faire leurs propres propositions. Il n’est pas assuré
qu’une convergence de vues soit obtenue, mais c’est le moment de mettre en valeur certains
aspects de notre métier. Cette réunion sera aussi l’occasion de revenir sur la façon dont
l’Inrap estime l’activité de « Dessinateur Infographe » qui doit donner lieu à une indemnité
de suppléance depuis 2010. Le Snac-FSU, et d’autres OS, avaient souligné qu’il ne fallait pas
exclure les dessinateurs spécialisés et reconnus en mobilier (lithique notamment) qui n’auraient
pas forcément les compétences « d’infographe » (PAO). Sur ce dossier, la DRH s’est abritée
derrière ce qu’en dira la DST. Affaire à suivre.
Le Snac-FSU vous invite, à titre individuel, à envoyer un courriel à la DRH pour réclamer cette
indemnité de suppléance (en mettant en copie votre directeur interrégional et les OS).
Sur ce dossier, n’hésitez-pas à nous contacter : snacfsu@inrap.fr
Notre institut de recherche peut-il se permettre de ne pas reconnaître la valeur des études
spécialisées et de ceux qui les produisent et contribuent à l’excellence de la recherche ?

Bien sûr que non !

Repyramidage : fraîches les nouvelles, fraîches !

Bonne nouvelle : la commission, dont la composition a été publiée sur l’intranet, a commencé à examiner les dossiers des candidats de catégorie 2. Avec un peu de chance, certains auront un chouette cadeau à Noël. Ajoutons le POA qui est en cours, et les nominations au choix... C’est Byzance ! A moins que le sapin de Noël ne finisse par avoir les boules à force d’attendre ou d’être déçu par les résultats... Question POA par exemple, on attend toujours de la transparence : un compte-rendu de la commission, des courriers individualisés expliquant aux agents pourquoi leur candidature n’a pas été retenue. Encore un combat à mener !!!!

CDA : l’usine à gaz et à ultra-précarité

Le 12 octobre lors de l’occupation du siège, les CDA ont
fait le bilan de la situation ubuesque dans laquelle ils se
retrouvent à cause de cette petite merveille (lol !) qui
devait « résoudre tous nos problèmes ». Avec le recul,
on se rend de mieux en mieux compte qu’un mensonge
répété, asséné, ne deviendra jamais une vérité. La
preuve :
Le CDA est d’une rigidité cadavérique : la mobilité et
la rapidité d’intervention des équipes, essentielles au
bon fonctionnement de l’archéologie préventive et de la
recherche, sont rendues impossibles par la spécificité
même du contrat (signer pour une liste de tâches sur
un chantier et rien d’autre), et par le délai nécessaire à
la préparation du dit contrat. Il génère une surcharge
de travail à rendre dingue n’importe quel administratif : au lieu de faire des contrats de 10 mois, il faut
faire des pléthores de contrats de courte durée et de prolongations.
Et qui est un peu plus précaire ? L’archéologue qui n’a rien demandé : pas de contrats longs, vivre au
jour le jour sans savoir si on travaillera encore demain, en étant encore moins crédible qu’avec un CDD
pour un banquier ou un logeur (fallait pourtant faire fort pour être moins crédible qu’en cdd). C’est
super d’être un cobaye. Mais il parait que c’est ça, le progrès. Autant se mettre soi-même les pieds
dans le béton. Ce qui est « drôle », c’est qu’il a été engendré par un parti qui se dit moderne et prétend
réformer le pays en profondeur. Or, même du temps de l’ex-URSS, on n’aurait pas vu un truc pareil.
Le CDA nie l’existence de la profession d’archéologue. On est soit nettoyeur de structures au sol1,
soit dessinateur sur papier, soit laveur de tessons, soit photographe, soit le maître des seaux de
prélèvements, mais archéologue jamais ! Fini le bon vieux temps où on pouvait apprendre son métier
d’ARCHEOLOGUE en faisant diagnostics, fouilles, post-fouilles, en touchant un peu à tout. L’UMP a une
vision stalinienne de notre métier. C’est quand même un monde ! Comme les diagnostics sont interdits
aux CDA, on voit, dans certaines régions, des équipes de fouille constituées majoritairement de petits
jeunes qui débutent (souvent bardés de diplômes), et qui connaissent encore mal les méthodes de
fouille, le terrain, les problématiques scientifiques et qui ne demandent pas mieux que d’apprendre mais
auprès de qui ? Les plus anciens, les CDI, sont ailleurs, qui doivent eux assurer les diags et être pompier
partout. Non seulement le CDA les empêche les agents précaires de se former et de se projeter dans un
plan d’évolution de carrière, mais en plus il met tout le monde sous pression.
Le CDA demande d’être médium … ou d’aimer jouer au poker. Il faut savoir prévoir la fin réelle du
contrat ou le prolongement de l’opération. Si vous refusez une prolongation, vous êtes considérés
comme démissionnaire ! Vous n’aurez aucun droit au chômage pour tout le temps travaillé ! Interdiction
formelle de prétendre à un contrat ailleurs -même à l’Inrap ( !)-, de partir en vacances, de se marier,
de partir fouiller à l’étranger, d’intégrer un projet de recherche. Taillable et corvéable à souhait et sans
contrepartie de l’Inrap.
J’en passe sur toutes les tracasseries administratives : le contrat qui n’arrive pas, la paie non plus
d’ailleurs, la durée minimale non respectée, le certificat d’activité qui met des semaines à arriver, le
pôle emploi qui ne sait pas gérer un tel bazar, la prime de précarité qui est une véritable arnaque, pas
d’allocation chômage pendant des mois, la mutuelle prélevée même quand on le refuse, etc.
Par contre bonne nouvelle : en cas d’intempérie, vous
êtes autorisés à buller toute la journée puisque votre
contrat ne stipule pas que vous avez le droit de faire
du lavage. Alors allez-y, ne vous gênez pas, bullez.
C’est l’UMP qui régale !
Ceux qui ont inventé le CDA n’en voudraient pas pour
eux et leurs propres enfants.
Et on voudrait l’étendre à toute la Fonction Publique ?
Les agents précaires en ont marre d’être la génération
sacrifiée. Plus la précarité gagne, plus ils aspirent à
être intégré en CDI.
Nous, archéologues, qui avons pris de plein fouet
cette arme de précarisation massive, demandons
solennellement que cette expérimentation du CDA
s’arrête. Laissez-nous bosser avec suffisamment de
vrais emplois !
Qui aura assez de courage politique pour stopper cette machine infernale ?

Flash info

Compte rendu du lundi 25 octobre 2010 de l’entretien entre Jérôme Bouet (Monsieur Bouet est inspecteur de l’IGAC, Inspection générale des
affaires culturelles, missionné sur la question du CDA) et une délégation
d’archéologues sous mandat du Snac-FSU, au Ministère de la culture et de la communication :

Monsieur Bouet nous a indiqué avoir pris connaissance des modalités du CDA et s’être rendu à la Direction
Interrégionale Centre Ile-de-France la semaine précédente. Il n’a pas encore sa lettre de mission mais est prêt
à la communiquer dès qu’il l’aura. L’objectif de la réunion était d’entendre nos expériences et notre point de
vue concernant l’application de ce nouveau contrat (6 archéologues présents dont 4 sous cda).
Jérôme Bouet a été attentif à nos remarques et a souhaité approfondir quelques points.
Nous en avons profité pour lui donner des exemples concrets des inconvénients majeurs liés intrinsèquement
au CDA en soulignant à quel point la précarité est accrue :

  • Terme du contrat incertain et durée minimale aléatoire : une prolongation refusée est considérée
    comme une démission et empêche une anticipation de nouveaux contrats sous peine de voir les droits
    ASSEDIC de la période travaillée annulés
  • Segmentation par activités du métier d’archéologue
  • Contrats plus courts et impossibilité de s’engager sur d’autres contrats : périodes de chômage plus
    fréquentes
  • Déstructuration du travail des CDI qui deviennent des « bouche-trous » à leur tour « précarisés »
  • Précarité sociale : un manque total de crédibilité devant les organismes bancaires et les bailleurs
    le fractionnement des contrats et prolongations entraîne le fractionnement des feuilles de paie, des
    congés payés, de la mutuelle ...
  • Lourdeurs et dysfonctionnements répétés de la gestion administrative subie par l’agent : de la mise
    en place du contrat au non suivi de la paie, du préavis de prolongation, des indemnités chômages....
  • Difficultés d’obtenir des formations et d’évoluer dans le métier (coupure CDA/CDI)
  • Même avec des CDA (budget déplafonné), quant l’Inrap n’obtient pas les fouilles prévues (secteur
    concurrentiel, période de crise économique…), les agents se retrouvent de toute façon au chômage,
    comme en cette fin d’année !
  • Le cda a été créé pour ôter toute perspective de recrutement massif en CDI. C’est insupportable à
    long terme. Les agents sont inféodés à l’Institut sans être CDI.

Jérôme Bouet nous a demandé si nous avions des solutions afin d’améliorer ce contrat. Nous lui avons
répondu que toutes améliorations seraient largement insuffisantes pour pallier les graves atteintes aux droits
minimum de tout archéologue/salarié et au bon fonctionnement de l’institut.
Les changements que nous pourrions envisager pour améliorer le CDA reviennent aux conditions de travail
définies par un CDD (pas de segmentation en activités, en opération et fin de contrat connu). Ce faisant, le
CDA devient caduque. Nous lui avons ainsi rappelé que les conditions normales d’embauche de l’INRAP
sont le CDI ou le CDD en cas de surplus d’activité.

De son côté, Jérôme Bouet nous a fait part rapidement d’éventuelles pistes envisagées :

  • Suppression de la carence pour les CDD
  • Requalification des tâches en les mutualisant afin qu’elles correspondent mieux à la réalité
    professionnelle

Un bilan d’étape sera établi pour le 30 novembre. Monsieur Bouet pense pouvoir faire un bon état de la
question d’ici là. Le compte rendu définitif sera communiqué le 15 janvier prochain.
Paris, le 25 octobre 2010.